Pourquoi les riders anglais de VTT sont-ils si forts : L'Anglaise Rachel Atherton au Fox Hunt 2018.
© Leo Francis/Red Bull Content Pool
Bike

Mais pourquoi les riders anglais sont-ils si bons ?

L’Angleterre a toujours eu d’excellents pilotes et continue à rafler de nombreux trophées. D’où vient ce succès ? Les intéressés témoignent.
Écrit par Bérengère Boës
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublished on
Rachel Atherton, Tracey Moseley, Manon Carpenter, Steve Peat, Gee Atherton, Josh Bryceland et Danny Hart. Ces sept noms comptent des dizaines de médailles d’or en Championnat du Monde de VTT Descente et de victoires au classement général de la Coupe du Monde. On est derrière la France, mais les britanniques sont depuis longtemps à la deuxième place mondiale, loin devant les autres nations.
Pourtant, avec peu d’infrastructures de type Bike Park, des massifs montagneux moins imposants que chez nous une météo capricieuse, ce succès semblait improbable sur le papier. Et si, finalement, ces « manques » n’avaient pas été transformés en atouts majeurs par les britanniques ?
Steve Peat a remporté sa première Coupe du Monde en 1998. Puis il est devenu Champion du Monde en 2009 et a décidé d’arrêter la compétition internationale en 2016. 18 ans de carrière au cours desquelles ‘Sir Peat’, comme il est appelé dans le milieu, a pu voir la discipline évoluer. Parce que si des ‘Trails Center’ (qui sont des lieux proposant des tracés configurés comme en Bike Park, avec ou sans système de navette) se sont multipliés sur le territoire au cours de ces dernières années, il fallait bien faire sans avant. Quelles étaient donc leurs solutions ?
« C’est sûr qu’à mes débuts, si l’on voulait rouler en Descente, on devait pousser notre vélo jusqu’en haut des bosses. » raconte-t-il. « Après, je pense que ça nous permettait d’avoir une bonne connaissance du tracé qu’on roulait. En fait, tu regardais les lignes en même temps que tu poussais ton vélo ! En plus, s’il y avait une zone délicate sur le chemin, on n’hésitait pas à la retravailler plusieurs fois avant de remonter tout en haut. C’est clair qu’on a certainement mis plus d’entrain à créer nos propres spots, à shaper des tracés fun ou techniques et que cela nous a aidés à progresser. Et même si autour de chez moi (Sheffield), beaucoup de tracés déjà existants étaient du style XCO/Enduro, cela m’a énormément aidé à m’entraîner pour la DH. En plus, ici, nous avons deux saisons : l’une est humide et l’autre est très humides (rires). »
« Plus sérieusement » poursuit-il, « ne pas avoir de vrai hiver, comme en France, permet de rouler toute l’année. Et lorsque tu patauges, glisses, dérapes sans cesse, cela aide à perfectionner ton pilotage, ton équilibre etc. et cela te permet d’acquérir les bases de ton pilotage. Lorsque je voulais enchaîner des journées avec navettes, j’allais en Ecosse ou au Pays de Galles ».
Le rider anglais Gee Atherton et famille vivent au Pays de Galles dans le sud-ouest de l'Angleterre.

Quand Gee Atherton s'envoie en l'air

© Moonhead Media

D’ailleurs, c’est au Pays de Galles que vit la famille Atherton. Originaire du sud-ouest de l’Angleterre, Gee Atherton a déménagé vers ces contrées plus montagneuses au début de sa carrière et ne cache pas son amour pour la région : « C’est clair qu'elle manquait de lieux de pratique, mais on a réussi à changer la donne ! Le meilleur exemple est mon grand frère Dan. Il construit des sentiers depuis notre enfance, et pour lui, il s’agit avant tout de repousser les limites du sport et de créer un endroit où l’on peut s’amuser à piloter tout en progressant. Il a créé nos meilleurs terrains de jeu, à Rachel et moi, tout en offrant un accès idéal aux jeunes pilotes qui arrivent pour rouler en Coupe du Monde. D’ailleurs, avec son équipe, il a passé ses quatre dernières années à construire le Dyfi Bike Park,et son ouverture est prévue pour le printemps prochain ».
L'Anglais Gee Atherton a déménagé au Pays de Galles en Angleterre au début de sa carrière en VTT.

Gee Atherton au Pays de Galles

© Moonhead Media

Champion du Monde en 2010, Gee a participé à des compétitions de BMX avant de se lancer dans le VTT. Pour lui, l’évolution de son sport est également due “aux modèles que nous avons eu, tel que « Peaty », et aux excellentes courses qui s’organisaient dans le pays, comme la série Pearce Cycles de Shrewsbury. Les courses n’étaient pas seulement des buts en soi, c’était avant tout le meilleur moyen de garantir des navettes vers le haut de la montagne. C’était beaucoup le cas lorsque l’on a commencé la compétition. Aujourd’hui il y a beaucoup plus de Bike Parks, ce qui aide certainement plus de gens à se lancer. »
La rideuse anglaise Tahnee Seagrave ride en VTT à Llangynog au au Pays de Galles en 2017.

Tahnee Seagrave sur un sentier de Llangynog au

© Dave Mackison/Red Bull Content Pool

Et qu'en pense la nouvelle génération de riders ? Tahnee Seagrave n’a que 23 ans mais a déjà un palmarès bien fourni avec notamment six victoires en Coupe du Monde Elites. Cette jeune athlète a grandi en France et a roulé dans les stations des Portes du Soleil durant toute son enfance.
On pourrait donc penser qu’elle vivait au meilleur endroit qui soit pour se perfectionner. Et pourtant, lorsqu’elle a décidé de se consacrer à 100% à son sport, elle a voulu revenir vivre en Angleterre : « Le souci, c’est que je ne pouvais pas rouler durant l’hiver à cause de la neige ! Après, je ne vais pas dire que pousser son vélo en haut des tracés est quelque chose de fun… mais ça fait partie du jeu. Je pense que devoir rouler des plus petites sections nous fait toujours passer un bon moment. On est entre potes, on a tous nos propres objectifs, et au final, tout le monde s’y met et s’amuse. On fait du vélo mais le but est aussi de passer du bon temps ensemble. Je sais que c’est ma vision du vélo, même si d’autres seront peut-être plus focalisés sur l’entraînement. »
S’amuser. Jouer. Pousser. Recommencer. Ces mots reviennent très souvent dans leurs témoignages. Après avoir roulé plusieurs fois en Angleterre au début de sa carrière, Myriam Nicole ne peut que confirmer cette approche : « J’ai l’impression que depuis toujours ils ont la culture de faire du vélo en s’amusant ! Que ce soit en dirt, en DH ou en Enduro. J’ai l’impression qu’en France, faire du vélo se rapporte davantage au côté physique. Eux, jouent vraiment sur la dimension fun et cela avait déjà commencé à l’époque Rob Warner/Steve Peat. Les anglais prennent leurs dirts, vont sur une petite colline, ils y tracent des courbes qu’ils passent des dizaines de fois et au final, cela les fait vraiment bosser ! Après, j’aimerais rajouter que les anglais font aussi cela à plein temps alors qu’en France, c’est plus dans la culture de continuer à faire des études à côté de sa carrière sportive. Si tu arrêtes, c’est mal vu. Alors qu’en Angleterre, c’est normal de s’y consacrer à 100% ».
A cela, les réponses des britanniques sont unanimes : aucun n’aurait voulu continuer l’école en parallèle. Pourtant, aucune aide du gouvernement ou de la fédération de cyclisme britannique n’a été mise en place. C’est donc bien une question de mentalité : « C’est vrai qu’en France, tout le monde doit aller à l’école et faire de longues études. » ajoute Tahnée. « Pour ma part, j’étais bonne à l’école mais je n’aimais pas cela. De plus, quand j’étais scolarisée là-bas et que je disais que je voulais devenir une vététiste professionnelle, on me disait que ce n’était pas un vrai métier... »
Pour le clan Atherton, l’histoire fut similaire : « Aucun d’entre nous ne pouvait rester assis en classe une minute de plus que le temps exigé… » Un constat partagé par Steve Peat : « Je pense que les riders veulent simplement rouler leurs vélos et arrêter l’école dès qu’ils le peuvent. Il y en a qui adorent étudier mais je ne pense pas que les vététistes font partie de ce pourcentage. Alors, lorsqu’ils sont suffisamment âgés pour quitter l’école, tout ce qu’ils veulent c’est rouler et progresser à vélo. Et ils s’en donnent les moyens ! ».
Le Britannique Josh Bryceland roule sur la piste de la Coupe du Monde de VTT à Mont Sainte Anne.

Josh Bryceland sur la piste de Mont-Saint-Anne.

© Bartek Wolinski/Red Bull Content Pool

Il est évident que ce choix n’est pas à la portée de tous et c’est la raison pour laquelle Gee rajoute : « Ce qui est certain, c’est que de former une tribu de trois pilotes avec mon frère et ma soeur nous a aidé à rechercher des sponsors ! Quand Rachel quittait l’école, Dan et moi-même avions commencé à avoir de bons résultats, donc cela a facilité les choses. Après, ce n’est pas comme si on avait facilement trouvé des sponsors, c’était un gros risque de notre part, un énorme engagement et cela n’aurait jamais été possible sans le support de nos parents ».
Les pilotes anglais Gee et Rachel Atherton sur le podium de la Coupe du Monde de VTT DH à Cairns.

Gee et Rachel Atherton sur le podium en Australie

© Sven Martin/Red Bull Content Pool

De l’investissement, beaucoup d’heures à creuser et shaper, une grande adaptation au climat, des passages à répétition sur des trails souvent créés de leur propres mains...Et beaucoup de motivation ! Voilà en partie les raisons de la réussite des anglais en Descente. Est-ce que l’avenir leur réserve le même succès ? Une chose est sûre, que ce soit Steve Peat ou Gee Atherton, tous deux ont déjà repérés de jeunes talents qui donneront tout pour reprendre dignement leur flambeau.