WeeSurf : Les surfeurs Tiago Pires et Aritz Aranburu, futurs utilisateurs de l'app Météo et GPS ?
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Surf

WeeSurf, l'application qui vous dit quand aller surfer

Météo, spot à proximité, shop disponible : l’application WeeSurf révolutionne vos sessions en apportant toutes les informations nécessaires. Maxime Lainé est à la genèse de ce projet. Il raconte.
Écrit par Ruben Curiel
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublished on
Peux-tu nous présenter l’application WeeSurf ?
WeeSurf, c’est une aventure de trois passionnés de surf. On a fondé l’application en novembre 2015. J’habitais en Australie à un moment. Et avant de rentrer en France, j’ai passé trois mois à Bali pour surfer. Un jour, j’ai pété ma planche. Et personne n’était capable de me dire où je pouvais trouver un réparateur. Je ne comprenais pas comment, dans la Mecque du surf, on ne trouvait pas de quoi réparer sa planche. Je suis rentré en France faire mon master. Et je devais trouver une idée d’entreprise à créer dans le cadre de mes études. Et je me suis souvenu de cette frustration. J’ai réfléchi à la manière de combler ce besoin. Avec deux amis, on a voulu lancer le Trip Advisor du surf : une carte qui référençait les écoles, les magasins, les loueurs… On a lancé ça en février 2016. On a fait un tour de France, en partant de Trouville jusqu’à Hendaye, pour rencontrer les professionnels du surf. Et on s’est rendu compte que les magasins étaient heureux d’être référencés gratuitement, mais que les surfeurs n’en avaient rien à cirer. Ils voulaient qu’on leur donne la météo et les spots et point barre. Donc on a décidé de retravailler le concept.
WeeSurf est une application pour surfeurs créée par trois passionnés de surf.

WeeSurf, une aventure de trois passionnés

© Wee Surf

Et ça a donné quoi ?
On a travaillé en étant plus proches de nos utilisateurs. Aujourd’hui, c’est une des valeurs importantes de WeeSurf. Un an après le lancement, on a sorti l’application de météo, qui existe aujourd’hui. Là, on travaille sur une nouvelle version. Il faut que le client sache très concrètement s’il peut aller surfer. On veut rendre l’outil météo moins imbitable. Il faut s’adresser à toutes les catégories de surfeur. Le débutant doit comprendre cette météo et savoir dans quelles conditions il va aller surfer.
Le surfeur Mick Fanning est déjà conquis par l'application de météo et GPS du Surf Weesurf.

Mick Fanning est déjà conquis

© WeeSurf

Comment s’adresser à ces débutants ?
Tous les autres sites de météo partaient du principe que les gens connaissaient le noms de spots. Ils sont listés par continents, pays et par ordre alphabétique. On a décidé de faire une carte qui géolocalise les spots autour de l’utilisateur. Donc il n’a pas besoin de chercher pendant trois heures en tapant des noms de spots. Toutes les semaines, on est en contact avec nos utilisateurs. Le but est de rendre accessible ce qui ne l’est pas sur les autres sites. La communication dans le monde du surf n’est pas forcément ciblée vers cette masse silencieuse. C’est notre rôle de leur parler.
Le tour de France a été productif ?
On a rencontré pleins de surfeurs et tous avaient un avis intéressant pour l’application. Par exemple, on a ajouté la houle, le vent et la marée sur une seule vue. Et on est les premiers à faire ça. Ça paraît simple, mais les concurrents qui existent depuis longtemps ne le font pas. Dès que tu te connectes à WeeSurf, tu reçois un mail d’Arthur. C’est un vrai service humain et personnalisé. On fait tout à la main en plus, tu n’interagis pas avec un automate.
Puis pendant ce tour, on s’est éclaté, il faut le dire. On a surfé partout, on a rencontré des pros avec qui on a gardé contact. Les gens ont adoré l’approche. Il fallait faire du terrain pour comprendre les besoins des surfeurs. Au début, on était derrière nos bureaux, devant notre ordinateur. Et on a vite compris qu’on ne pouvait pas faire une application de surf sans sortir ! Trois jours après, on est parti en voiture pour le tour.
Ça n’a pas été trop dur de se faire connaître ?
Non, 80% s’est fait par du bouche-à-oreille. On a eu quelques articles, des publications sur Facebook. Après, on n’a pas réussi à atteindre tout le monde. Mais beaucoup de personnes qui travaillent dans le surf savent qu’ils sont en retard. Des écoles et des magasins qui n’ont pas de site internet, il y en a à la pelle. Offrir un outil comme WeeSurf permet de combler ce retard.
Il n’y a pas eu de mauvais accueil ?
C’est une communauté compliquée à toucher. Il y a des statuts quo. Ça fait vingt ans que les marques de surf n’ont rien changé, par exemple. Beaucoup de surfeurs sont prêts à changer, à faire bouger ça. Mais il y a aussi une base qui ne voit pas la nécessité de cette évolution. On nous disait : « Il y aura plus de monde dans l’eau. » Mais on ne voit pas la chose comme ça. On emmène les débutants sur des spots adaptés à leurs niveaux et on guide les professionnels vers les spots faits pour eux. Donc ça sert à tout le monde. Dans la prochaine version de l’application, on veut donner, en fonction du niveau de l’utilisateur, le meilleur endroit et moment pour aller surfer.
Comment fonctionne le service météo ?
Toute la data météo est publique. Il y a plusieurs organismes qui utilisent cette source pour faire les prévisions en France. Et il y en a un seul qui couvre le monde entier : un organisme américain qui s’appelle la NOAA (La National Oceanic and Atmospheric Administration, l'Agence américaine d'observation océanique en VF, ndlr). Ils créent des modèles de prévisions météo qui sont en open source ensuite. Nos concurrents prennent ces modèles et les publient, c’est tout. Ce qu’on fait, c’est qu’on retraite les modèles, pour passer d’une résolution de 27 kilomètres à une résolution d’1 kilomètre. Ce qui fait qu’on est plus précis.
J’imagine que vous avez tous du faire des sacrifices pour lancer l’application.
On a fondé la boite en novembre 2015, avec un capital de 10 000 euros. C’était compliqué, on sortait de l’école, on n’avait pas les bases. On a tout appris par nous-même, mais on a perdu du temps et de l’énergie. Le premier produit qu’on a sorti était un échec. On s’est remis en question. Puis l’application a commencé à marcher à partir de février 2017. Ça commençait à prendre.
Il y a trois mois, j’ai cru qu’on allait devoir fermer. Et c’est là qu’on voit si le projet est solide et si on l’est aussi.
Maxime Lainé
Les screenshots de l'application Météo et GPS WeeSurf, carte intéractive qui localise les points d'intérêts utiles aux surfeurs partout dans le monde (spots de surf, magasins de surf, écoles de surf).

WeeSurf, le meilleur ami du surfeur

© WeeSurf

Selon toi, il faut quoi comme qualités pour lancer son entreprise ?
Chez WeeSurf, on est une équipe soudée et très complémentaire. On a beaucoup bossé sur nos forces et faiblesses. Il y a trois mois, j’ai cru qu’on allait devoir fermer. Et c’est là qu’on voit si le projet est solide et si on l’est aussi. Il faut être obstiné, déterminé, croire en son projet, être prêt à mettre les mains dans le cambouis. Pour notre tour de France, on était souvent à l’arrache, à dormir dans la voiture. Mais ça forge. On a trois profils différents et c’est très utile pour la boite. On a des personnalités différentes. Je suis optimiste, déterminé. Ronan, c’est le développeur très carré. Il faut lui parler chiffres pour le convaincre. Et Arthur, c’est le côté marketing, très proche de nos utilisateurs.
WeeSurf a une volonté de toucher une clientèle à l’international, voire même de s’étendre d’autres disciplines ?
Oui. On travaille sur un marché de niche. Donc il faut tenter de toucher le plus de monde possible. Aussi, de nombreuses personnes nous disaient qu’il fallait viser l’international et d’autres sports.
Pour le ski, ça pourrait marcher par exemple…
On nous a beaucoup parlé de ski et du kite. Il y avait plein de demandes. Et on évolue en fonction de la demande.
Peux-tu nous parler des chiffres importants de WeeSurf ?
On a 30 000 utilisateurs. Et plus de 4000 spots de surf répertoriés.
Quelles sont les modifications que vous allez apporter avec la mise à jour ?
On veut être une app qui permet au surfeur, selon l’endroit où il se trouve et selon son niveau, de trouver le meilleur spot. On ne veut pas se cantonner à la météo. L’application te donnera les résultats en forme de liste ou sur une carte. L’utilisateur pourra aussi comparer les spots. On veut aussi faciliter l’utilisation de l’app avec une carte. Et ça, c’est venu d’une frustration personnelle. Je ne comprenais pas pourquoi les autres applications et sites ne te permettaient pas de savoir comment te guider, où était le nord et le sud sur un spot. Les gens aiment avoir tout sur un « full screen ». C’est plus pratique. Et la carte que propose WeeSurf réunit tout ça.
Quand on a fait nos douze semaines d’itération, avec des surfeurs, des pros, des enfants, on s’est rendu compte que les gens ne regardaient pas la météo. Donc il faut apporter quelque chose de nouveau. Aujourd'hui, c'est le surfeur qui doit faire l'effort de chercher la donnée, de l’interpréter et ensuite de la comparer avec d’autres spots. Tout ça, il pourra demain le faire en 3 secondes sur WeeSurf.