Multiple champion de France des rallyes et double champion d'Europe des rallyes en 2004 et 2007, Simon Jean-Joseph a mis un terme à sa carrière en 2008. Il est ensuite devenu ouvreur, d'abord de Petter Solberg, puis du sextuple champion du monde, Sébastien Ogier. Avant le Rallye de Grande Bretagne, il nous parle de ce rôle peu connu et pourtant essentiel pour le pilote.
Pouvez-vous nous décrire le métier d’ouvreur ?
Mon travail consiste à faire la spéciale avant le pilote et lui corriger les notes avec ses mots, son langage. Il faut que ma vision soit fidèle à la sienne. L’objectif étant de sécuriser l’équipage et le public et de faire en sorte de ne pas le ralentir de trop, ni de le faire prendre de risques. J’ai un travail d’adaptation des notes deux heures avant que Sébastien Ogier et Julien Ingrassia ne partent. Par exemple, on a fait un rallye de Monte-Carlo où le temps était sec pendant les reconnaissances. Mais il s’est mis à neiger avant le début du rallye. Du coup, je dois noter les plaques de givres, de verglas. La difficulté est là. Je dois être tout le temps constant. Si je peux résumer le travail de l’ouvreur, je dirais que nous devons permettre au pilote de conduire dans les meilleures conditions, et tout le temps en sécurité.
Comment devient-on ouvreur ?
Il n’y a pas de règles. Même si on constate qu’une grande partie des ouvreurs sont des anciens pilotes, qui ont de l’expérience sur tous les terrains. Bien sûr, il faut qu’il y ait une confiance entre le pilote et l’ouvreur. Quand j’étais pilote, je me disais toujours que je ne pourrais pas faire ce travail. Je ne me voyais pas prendre cette responsabilité. Aujourd’hui, après avoir ouvert pour Petter Solberg et pour Sébastien Ogier, je prends bien conscience de la responsabilité qui est la mienne.
Qu'est-ce qui vous plait dans ce rôle ?
Je suis un passionné, j’ai fait de la course au haut niveau. Je travaille avec Sébastien et Julien Ingrassia, c’est toujours un challenge immense. Ce qui me plait, c'est le travail de précision dans les informations à donner. On se lève très tôt on fait des énormes journées. Par exemple, pour le rallye de Monte-Carlo, je suis entré dans la voiture à 4h45 et j’en suis sorti à 16h, sans sans pause déjeuner car je n'avais pas le temps de m’arrêter tellement il y avait de notes à corriger. Cette journée, c’était clairement le plus gros défi de ma carrière. Il y a beaucoup de pression dans ces circonstances. Et il faut pouvoir la supporter sans faire d'erreurs. Par exemple, Sébastien Ogier est un perfectionniste, un fou du détail. Donc il faut être à la hauteur.
C’est comment de travailler avec Sébastien Ogier et Julien Ingrassia ?
C’est un plaisir de travailler avec Sébastien et Julien. Ma mission, c’est de les rassurer en donnant les bonnes informations.
Il est sextuple champion du monde. Il ne faut pas le mettre en situation de doute. S’il pose une question et que vous n'avez pas de réponse, ce n’est pas un bon signal. Il a besoin de réponses claires aux questions qu’il pose. Il a toujours la question qui me pousse dans mes retranchements. Je suis la dernière personne qui passe avant lui. Je dois lui envoyer les bons signaux. Plus les conditions sont difficiles, plus la discussion entre le pilote et l’ouvreur est précise, déterminante et intense. Chaque mot a son importance, a un sens très précis.
Comment avez-vous découvert le rôle d’ouvreur ?
Petter Solberg est un ami de longue date, j’ai fait mes débuts en Championnats du monde avec lui. Son ouvreur est parti quand il a monté son équipe privée. Et il a fait appel à moi. Ça s’est fait très vite. Ce n’est pas une vocation, un rôle qui me passionnait quand j’étais pilote. Je trouvais ça ingrat et je me mettais à la place de ceux qui faisaient ce boulot. Tant que le pilote n’a pas franchi la ligne d’arrivée, l’ouvreur se sent responsable.
Parlez-nous d’une journée type d’un ouvreur sur un rallye.
On se lève très tôt. En général, on ouvre les deux premières spéciales de nuit. Ce n’est pas toujours évident de bien lire la route, en raison de la faible visibilité. Plus tard dans la journée, on fait un deuxième passage, ce qui fait qu’on termine en milieu d’après-midi. Ensuite, pendant la révision de la voiture, on se prépare pour le lendemain. Puis on fait un point avec le pilote. Le soir, en fonction, on a des séances vidéo.
L’ouvreur doit tout le temps s’adapter au pilote ?
J’ai rencontré Sébastien en 2008, j’étais en fin de carrière, lui commençait. Mais dès le premier jour où j’ai travaillé avec lui, j’étais conscient qu’il était un grand champion et aujourd'hui, c'est le patron. La seule chose que je peux lui apporter, c’est de faire mon boulot le mieux possible.
Le travail de l’ouvreur permet d‘éviter les surprises, mais pas les accidents…
Non, on ne peut pas éviter une mauvaise manipulation, ou une coulée imprévisible.
28 minutes
Ogier remporte le Rallye Monte-Carlo 2017 !
Vidéo recap de la victoire du champion du monde des rallyes Sébastien Ogier au WRC Rallye de Monte-Carlo 2017.
Sur quel rallye votre travail a été le plus difficile ?
Je garde un sacré souvenir de Monte-Carlo 2017. C’était éprouvant car il fallait corriger une note presque sur chaque virage. C’était un vrai challenge, un truc de malade ! De l’avis de tous mes collègues, ce Monte-Carlo fut très éprouvant.