Musique
Qu’est-ce qui t’a motivé à te lancer dans le monde des producteurs, qui devient de plus en plus concurrentiel avec le temps ?
C'est vrai que le game des producteurs s'est développé énormément ces dernières années grâce à Internet. Depuis que j’écoute du rap – j’ai commencé à l’âge de 14 ans –, j’ai toujours eu envie de monter un projet musical, mais je ne me voyais pas du tout en tant que rappeur. J'aimais bien l'aspect producteur, parce que tu fais partie intégrante du processus créatif, mais tu restes un peu dans l'ombre. C'est vraiment ce qui m'a motivé : pouvoir travailler avec des artistes sans subir une exposition parfois éphémère. Mais depuis que j'ai pris la voie de YouTube, où ma chaîne compte 200 000 abonnés, je suis dans l'ombre sans l'être.
À quel moment as-tu compris que tu pouvais faire carrière ?
J’ai appris le beatmaking grâce à Internet, comme la majorité des producteurs. On y trouve énormément de ressources pour apprendre à faire des instrus. Naturellement, j'ai mis mes productions en ligne à travers le système des type beats, un phénomène qui a émergé en France il y a quelques années. J'ai mis mes premiers type beats sur Internet en 2016. A l’époque, ce n’était pas un marché très développé en France, j'étais dans la première vague. J'ai compris qu'il y avait un avenir là-dedans car j'ai commencé à gagner de l'argent en vendant des instrus. Puis j'ai été repéré et c'était lancé. Internet a été le point de départ de toute ma carrière, ça m'a donné la confiance et les opportunités.
Qui a validé ton entrée dans le game ?
Il n’y a pas de validation ultime. Une carrière peut se jouer sur tellement de choses. N’importe qui peut être validé pour un ou deux morceaux. Il n’y a pas de golden ticket, le rap, c'est beaucoup de réseau, donc il n’y a pas de manière idéale de faire sa place. Moi, ce n’est pas tant un rappeur que mon manager, Marc Lohore, qui a fait que j'ai pu me lancer là-dedans. Il m'a repéré sur Internet. Il m'a dit qu'il avait écouté mes sons, qu'il avait des contacts et m'a proposé de mettre un pied dans l'industrie. J’étais content que mon travail dépasse le cadre d’Internet. Il m'a permis de faire certains placements, dont "Zipette" de Ninho. Marc travaille avec d'autres beatmakers, on forme une équipe qui s'appelle 52 Records.
Quand on regarde une vidéo d’Ysos, on voit un jeune homme qui maîtrise les outils et le langage de la prod, alors que tu n’as jamais suivi de formation. Comment as-tu développé ton savoir technique ?
Comme je dis souvent dans mes vidéos, on apprend les bases sur Internet et on se réapproprie l'outil en travaillant, peu importe le logiciel. Il y a toujours une phase d'apprentissage, et après, c'est du travail pour développer sa sensibilité artistique. Par exemple, de nombreux producteurs travaillent sur FL Studio, qui est un logiciel très ergonomique, avec un système de fonctionnement qui marche bien pour le rap, à base de patterns de loops, etc.. On a tous le même logiciel mais tous des façons très différentes de s'en servir.
Est-ce qu'il te manque des compétences ?
Il n'y a pas de formations spécifiques pour le beatmaking, comme pour tous les métiers artistiques. Tu apprends beaucoup sur le tas, avec les ressources disponibles. Donc il me manque des trucs, oui. Vu que je me suis concentré sur le logiciel, j'ai peu de connaissances en théorie musicale. Solfège, gammes, accords, je ne maîtrise pas forcément mais j'essaye d'apprendre à côté. Mais ce n’est pas une lacune qui gêne, on a les moyens de créer sans.
Sur quel matos travailles-tu ?
A la base, je bossais avec un ordinateur portable que j'utilisais pour mes études dans la communication, un HP qui tournait bien. MSI est venu me voir en me disant qu'ils aimaient bien mon travail. Ils m'ont envoyé un de leurs PC et depuis, je ne fais que bosser avec. L’avantage de MSI, c'est qu'ils proposent de configs d'ordinateurs et portables très puissantes. Le portable, c'est essentiel pour un beatmaker, car tu vas passer du temps à bouger de studio en studio. Donc il faut un ordi que tu puisses emporter avec toi mais qui soit vraiment puissant, et qu'il puisse faire tout tourner, même les plug-ins les plus lourds.
Qu’est-ce qui est essentiel dans le PC d’un beatmaker ?
Le processeur. Ton logiciel de fond va énormément s'appuyer dessus, même avec une carte son externe. Si tu as un processeur qui tient bien la route, tu sais que tu peux faire beaucoup de choses.
Quel est le matériel de base pour débuter ?
Beaucoup de jeunes beatmakers se posent la question : est-ce que je dois prendre un clavier ou pas… ? Mais ce qui est cool avec le beatmaking, c'est que tu n’as besoin que d'un ordi qui tient la route, d'un bon casque et ça suffit au début. C’est avec ce set-up que j'ai fait mes premiers placements.
Est-ce que l’environnement, le climat du studio, sont importants pour s’exprimer créativement ? Le tien semble très propre, on se croirait limite dans un labo… C’est nécessaire pour faire du bon son ?
Ça dépend. Certains beatmakers comme moi passent beaucoup de temps à travailler chez eux, c'est notre home studio. Mais d'autres vont travailler dans des studios de labels, qui ne leur appartiennent pas. Peu importe où tu bosses, du moment que tu te sens à l’aise. L’important est de construire un environnement où tu seras stimulé créativement.
Est-ce qu’on demande régulièrement des productions spécifiques ?
Parfois, on me demande tel type de morceau ou tel type d'ambiance. Dans ce cas, je vais créer un morceau en fonction des directives musicales. Mais le process le plus intéressant pour moi (c’est souvent là que tu peux proposer tes meilleures prods), c'est de travailler sans avoir de guidelines en tête. Tu te laisses porter et c'est là que tu peux expérimenter, amener de nouvelles idées, te surprendre toi-même. C'est le process que je préfère. Mes meilleures prods n'ont été faites pour personne. Et il en est sorti des choses auxquelles je ne m'attendais pas.
On te demande souvent de faire des prods dirigées ?
Ça a pas mal évolué, je dirais qu’il y a 50% de prods pour des demandes spécifiques, et j'essaie de réserver au moins les 50 % restants pour créer au sens propre, tester des trucs. C'est rare d'avoir les paroles avant. Les paroles sont calquées sur le rythme de la prod, sur sa musicalité. 90 % du temps, la prod appelle le texte et pas l'inverse.
Quand tu envoies des sons à un artiste, tu essayes de coller à son univers ou de le surprendre ?
J’envoie des instrus qui vont coller avec son univers, pas surprenantes mais qui vont faire le job, mais elles sont toujours accompagnées d’une ou deux prods décalées, genre “Je t'ai mis ça aussi, écoute et on voit ce que t'en penses”. Il faut savoir proposer des choses qui vont au-delà de ce que tu connais de l'artiste. Ça ne coûte rien et parfois, ça peut donner des gros morceaux.
Quelle pression ressens-tu dans ce job ?
Je suis beatmaker dans l'industrie du rap, mais à côté, je suis “youtubeur”. C'est cette dualité qui est dure à gérer. Je dois proposer du contenu sur YouTube, mais en même temps, il faut que je garde une crédibilité. C'est la pression principale : faire cohabiter deux activités qui n'ont pas les mêmes univers, les mêmes attentes. Avoir une relation avec les artistes et une relation avec une audience qui s'élargit chaque jour.
Compartimenter, c’est la solution ?
Oui, je segmente énormément mon temps de travail, pour trouver du temps pour les deux. Le plus difficile est d’équilibrer. YouTube peut prendre énormément de temps, et la composition aussi.
Existe-t-il une instru à laquelle tu ne croyais pas du tout mais qui a finalement fait un carton ?
Oui, un titre que j'ai produit pour Hatik, un de mes premiers, “Tu vas rien faire” sur sa mixtape Chaise pliante. J'étais content de cette prod, mais je l'avais déjà envoyée à quelques artistes et ça n'avait pas pris. Finalement, Hatik l'a prise et ça a donné un gros morceau, il en a même fait un clip. Je l’ai vécu un peu comme une revanche, je savais qu'elle avait un truc cette prod !
Envie de te lancer dans le game ou de passer à la vitesse supérieure avec tes prods ? On te conseille de jeter un œil aux notebooks de la gamme MSI Content Creation, comme le Creator 15 ou le Creator 17. Parce qu’un bon beatmaker, c’est d’abord un beatmaker bien équipé.