Rock and roll : du roller tout-terrain avec Björn Hunger en Islande.
© Pascal Hurlbrink
Exploration

Premières lignes de ride en Islande pour Björn Hunger

Le Laugavegur, célèbre sentier d’Islande : 55 km de lave et pierres. L’Autrichien Björn Hunger est le premier à le parcourir en rollers et raconte son aventure.
Écrit par Björn Hunger
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublished on
Il pleut à torrent et il fait un froid glacial. Je ne sens plus mes doigts ni mes orteils depuis un bail. Le parcours d’aujourd’hui est accidenté, escarpé et glissant. Pourquoi, bon sang, ai-je décidé de déballer mes rollers ici ? Quel crétin je suis !
Björn Hunger, 28 ans, est un rider tout-terrain.

Björn Hunger, 28 ans, est un rider tout-terrain.

© Pascal Hurlbrink

Depuis douze ans que je pratique avec passion le roller tout-terrain, je rêve de parcourir ces 55 kilomètres du sentier Laugavegur à la recherche des spots de roller les plus excitants. Ce trek qui traverse les hauts plateaux islandais au sud de l’île est connu pour ses paysages variés composés de montagnes de rhyolite colorées, de champs de lave, de déserts de sable noir et de glaciers, avec des défis particuliers tels que la traversée de rivières et bien sûr des conditions météorologiques changeant en un clin d’œil. Je ne voulais pas découvrir tout cela à pied, mais sur mes rollers.
Si l’aventure ne vient pas à lui, c'est lui qui part à l'aventure.

Si l’aventure ne vient pas à lui, c'est lui qui part à l'aventure.

© Pascal Hurlbrink

La nouvelle de notre arrivée se répand rapidement parmi les randonneurs d’Afrique du Sud, des États-Unis, d’Islande et d’Israël qui empruntent le sentier en même temps que nous. Nous avons été accueillis avec curiosité, et examinés de près : nous, c’est Pascal, le type avec l’appareil photo et ses 16 batteries, et 9 batteries de drone, et Björn (moi), le fou sur des rollers avec 26 kilos de bagages sur le dos, dont une tente, de la nourriture pour sept jours et tout un tas de matériel.

Sur le volcan

Il n’existe dans le monde qu’une poignée de patineurs tout-terrain et trois marques qui fabriquent l’équipement nécessaire (dont ma favorite, une marque allemande : Powerslide). Il se compose d’une botte de roller classique à coque rigide avec un châssis en aluminium. Trois roues tout-terrain, montées sur une platine et semblables à des mini-roues de VTT, sont remplies d’air. Les patins pèsent au total 4,5 kilos. Que dire : cette aventure s’annonce assez intense !
De vastes chaînes de montagnes et des plaines recouvertes de mousse ainsi que des déserts de cendres et de sable noir : l’Islande a vraiment tout pour plaire !
Björn Hunger
Lorsque j’ai commencé à planifier mon voyage, deux spots de roller m’ont emballé : l’un près de l’imposant lac volcanique Ljótipollur, et l’autre, une crête étroite au milieu des montagnes de roche volcanique dans la ­ région de Landmannalaugar, que je veux attaquer dès le premier jour. Les montagnes de rhyolite sont typiques de la région. Elles sont constituées d’une roche riche en silice qui se colore de tons jaunes, rouges et rose vifs et est formée de lave s’écoulant lentement. Ces montagnes sont souvent riches en soufre et en minéraux. Il n’est pas ­ surprenant que ces trésors géologiques soient une destination recherchée.
Björn est fasciné par la nature islandaise et tout ce qu’elle offre.

Björn est fasciné par la nature islandaise et tout ce qu’elle offre.

© Pascal Hurlbrink

Pas de freins

Mais pour l’instant, je me rends à pied jusqu’à la crête des montagnes de rhyolite, un spot de descente si raide que je dois dégonfler mes roues pour ralentir. Comme je n’ai pas encore de freins sur mes rollers, j’utilise ma méthode de freinage, qui a fait ses preuves : je pose mon sac à dos au sol à l’avance, au niveau du précipice pour avoir un repère visuel, et lorsque j’arrive là où je veux pendant la descente, je me jette par terre. Une manœuvre de freinage sale, mais réussie !
Après cette première journée, ma ­ nervosité concernant les étapes suivantes s’est nettement apaisée. Nous continuons donc avec tous nos bagages. Notre programme quotidien standard : nous marchons jusqu’aux plus beaux ­endroits, puis je roule sur du gravier, des pierres, des prairies et du sable. Voilà les repas que nous nous offrons : chips de banane, mélange de fruits secs, porridge et barres d’avoine, ainsi que curry thaï, chili et pâtes bolognaise en sachets de randonnée.
Plaisir simple : du saumon grillé fraîchement pêché  !

Plaisir simple : du saumon grillé fraîchement pêché !

© Pascal Hurlbrink

Nous atteignons enfin le lac de cratère Ljótipollur : quel défi de rouler dans le sable volcanique ! Je dois garder mon élan, sinon je m’enfonce et mes roues restent coincées. Tout cela me ­rappelle le ski dans la neige profonde, sauf que c’est dans le sable. Une expérience unique.
Avec le recul, nous avons pensé à beaucoup de choses et n’avons oublié que quelques détails : heureusement, nous avions emporté des masques de sommeil, car en été, il ne fait presque ­jamais nuit. Nous avions également pris des chaussures d’eau pour traverser les rivières et des sacs étanches. Il manquait juste un sac de couchage plus chaud, et des gants imperméables auraient été les bienvenus.
Au bout de sept jours, nous avons ­ finalement réussi: nous avons traîné, marché et patiné dans le brouillard, le ­ soleil, le vent, la pluie et le froid sur un total de 73 kilomètres et 2 000 mètres de dénivelé. Un chauffeur de bus islandais m’a dit: « C’est génial. Tu es le premier rider sur les hauts plateaux d’Islande ! » Et je pense que je vais probablement rester le seul pendant encore un bon bout de temps

Conseils de voyage

  • Meilleure période : de juin à août pour les randonnées sur les hauts plateaux, car les jours sont plus longs.
  • Comment s’y rendre : en avion jusqu’à Reykjavík. Puis en bus pour atteindre la région de Landmannalaugar, où se trouvent un camping et des sources chaudes.