Delia Guggenheim en impose par son incroyable force de volonté.
© Muriel Florence Rieben
Ultrarunning

Delia Guggenheim, ultramarathonienne, devient athlète handisport.

Delia Guggenheim a traversé le désert en courant avant de subir un violent coup du sort. Deux ans plus tard, l’athlète handisport s’apprête à participer à nouveau au Marathon des Sables.
Écrit par Christof Gertsch
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublished on
Rencontre avec une battante.
On point : Delia Guggenheim

Originaire de

Zumikon (ZH)

Âge

23 ans

1/5

Printemps 2024

Le soleil tape fort. Il fait près de 40 °C dans le Sahara marocain et notre héroïne, alors âgée de 21 ans, lutte de toutes ses forces pour gravir une dune, s’enfonçant, glissant et reculant sans cesse dans le sable. Un pas en avant, deux pas en arrière. C’est la quatrième des six étapes du célèbre et redouté Marathon des Sables, course de 253 km dans le désert en auto-suffisance. Le corps de Delia souffre.
Frigorifiée le matin, elle a enfilé une doudoune qui la couvre encore alors qu’il commence à faire chaud. Son mollet lui fait mal et une seule pensée occupe son esprit : prévenir quelqu’un qu’elle abandonne. Mais ne dit finalement rien à personne. Elle persévère. Elle actionne le levier mental qui distingue les athlètes d’ultra-endurance des autres. « L’esprit domine la matière, déclare-t-elle. Arrête de réfléchir et continue de bouger ! »
Pourquoi s’infliger cela ? Des centaines de kilomètres dans le désert avec une ration de nourriture pour toute la semaine sur le dos ? « Parce que ça me transporte loin de la réalité », explique la jeune femme. Sa vie se résume alors à dormir, manger, courir. Ce qui lui permet d’affronter un environnement impitoyable et de se surpasser, éprouvant un sentiment de contrôle total sur son corps. Voilà ce qui compte plus que tout pour elle.
Quotation
Une pensée est un outil. On a le choix de la remettre dans la boîte pour en prendre une autre.
Delia Guggenheim
Pourtant, suite à un désaccord avec son coach, elle a failli ne pas participer. Elle était en effet une athlète accomplie en swimrun, épreuve d’endurance extrême qui alterne natation et course à pied, et où l’on court en combinaison néoprène et nage en chaussures de sport. Son entraîneur ne comprenait pas pourquoi elle avait besoin d’aller chercher l’extrême. « Tu auras toute la vie pour ça », lui assène-t-il. Delia de lui rétorquer : « Je ne sais pas si je pourrai encore courir dans un an. » Elle ignorait combien la réalité dépasserait ses mots.

Printemps 2025

Delia Guggenheim chevauche son vélo de course. Elle vient de terminer un entraînement de 100 kilomètres autour du lac de Zurich, et n’est plus qu’à cinq minutes de chez elle, à Zumikon. Dans son dos, une voiture est lancée à 80 km/h.
La conductrice, comme cela sera établi plus tard au tribunal, lorgne sur son smartphone au moment où son véhicule percute l’athlète de plein fouet. Le choc est brutal. Delia est projetée sur le capot puis le pare-brise avant de retomber sur l’asphalte. Gisant là, consciente, elle ne sent plus ses jambes. Son pronostic vital est engagé, mais pour elle, l’enjeu est ailleurs. Elle saisit d’emblée qu’elle ne pourra plus continuer comme avant et, encore sur le lieu de l’accident, dit instinctivement à sa mère : « Je participerai aux Jeux paralympiques. »
Bilan : quatre vertèbres fracturées et la colonne vertébrale déplacée. Elle est sous respiration artificielle pendant deux semaines. Son corps, autrefois tonique, lui donne désormais l’impression d’être une prison. Elle souffre, elle est en colère, elle veut bouger. C’est dans cette période critique qu’elle prend la décision de faire son retour. « Mes idées noires et mes émotions négatives sont réelles, mais ne me définissent pas », articule l’étudiante en psychologie. Nos pensées et nos émotions sont des indicateurs de notre état intérieur, et reflètent notre réalité. Ils sont des éléments de vérité subjective que nous pouvons apprendre à contrôler, dans une certaine mesure.

Printemps 2026

« Une pensée est un outil », dit Delia Guggenheim, aujourd’hui âgée de 23 ans, à la cafétéria de la clinique universitaire Balgrist après une matinée de physiothérapie. « On a le choix de la remettre dans la boîte pour en prendre une autre. » Quelque chose de doux, presque délicat, se dégage de sa personne. Son sourire est contagieux, et il suffit de lui parler un instant pour saisir à quel point c’est une badass. Une fonceuse. Son objectif : le Marathon des Sables, again. Plus en courant, mais en fauteuil roulant.
En octobre, elle prendra le départ de l’aventure inclusive MDS Handi, proposée aux personnes à mobilité réduite. Une équipe de trois personnes l’accompagnera et poussera son fauteuil tout-terrain dans les dunes, lorsqu’elle ne pourra plus avancer seule. L’un de ses « moteurs » humains dans le sable sera Ben Thiesmeyer, le coach qui avait voulu la dissuader de se lancer dans la course de l’extrême. « C’est une boucle qui se referme », sourit-elle.
Son aventure dans le désert l’avait poussée à ses limites deux ans plus tôt, alors qu’elle était en quête de liberté dans le contrôle total de son corps. Aujourd’hui, Delia Guggenheim avance avec la certitude que l’on est souvent capable de bien plus que ce que l’on imagine.
Le 10 mai, des milliers de personnes courront au Wings for Life World Run pour celles et ceux qui ne le peuvent pas. Les fonds récoltés sont reversés à la recherche sur la moelle épinière. Delia participera au app run event depuis le Balgrist (Zurich). Toutes les infos et les autres événements App Run sont disponibles ici.

Dans cet article

Wings for Life World Run 2026

Wings for Life World Run Flagship Run - Zug

SuisseZug, Suisse
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