Top Spin 4 est l'un des meilleurs jeux vidéo de tennis sortis sur consoles ces dernières années.
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Top Spin est-il le meilleur jeu de tennis de tous les temps ?

Pendant que le monde lui cherche encore un successeur après le naufrage Tennis World Tour, retour sur l’histoire d’une série développée par un studio français qui a révolutionné le genre.
Écrit par Etienne Caillebotte
Temps de lecture estimé : 6 minutesPublished on
« On retrouve beaucoup de choses communes entre une recette et le design de jeu vidéo. La grosse différence, c’est qu’avec la restauration, vous avez le retour directement ». Invité le 18 février 2017 sur France Bleu Provence, Stéphane Dupas, l’un des principaux artisans de la série Top Spin, explique à l’antenne pourquoi il a, du jour au lendemain, quitté l’industrie pour ouvrir son propre restaurant à Prague. « Quand j’ai commencé il y a 20 ans, on était six, on prenait quelques mois pour faire notre petit projet. On avait le droit à l’erreur. Avec le temps, les processus se sont industrialisés, les enjeux financiers sont devenus très importants et les équipes sont désormais énormes. Mon dernier projet a duré 5 ans, 300 personnes travaillaient dessus et j’ai perdu cette flamme que j’avais dans les jeux. Je retrouve en cuisine des sensations que j’avais, il y a 20 ans ». Rattrapé par la réalité du marché, l’homme qui dirigeait 2K Czech lors du développement de Top Spin 4 a préféré abandonner. Tout un symbole.
Avant la sortie d’AO International Tennis et Tennis World Tour, on n’avait plus vu de jeu de tennis depuis 7 ans. Extrêmement populaire dans les années 2000, le genre est absent de la nouvelle génération de consoles. Depuis la sortie de Top Spin 4, pourtant considéré comme le titre le plus abouti de la série, plus rien. Pourquoi une telle traversée du désert ? Comme souvent, la raison est économique. Les ventes baissent à la fin des années 2000. Les éditeurs lâchent l’affaire pour se concentrer sur des projets qui rapportent.

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Pourtant, la licence Top Spin avait tout pour résister à l’épreuve du temps, au même titre que FIFA ou NBA 2K. Développé par PAM (Power and Magic Development, ndlr), l’un des rares studios français ayant survécu à la vague de fermetures au début du second millénaire, Top Spin est un projet ambitieux. Mais surtout, il est développé exclusivement sur Xbox après un deal signé avec Microsoft. Un coup de maître. « Bosser pour Microsoft, ça a été vraiment bénéfique » rembobine Pierre Adane dans une interview accordée à GrosPixels. « C’est une des plus grosses sociétés du monde, donc ça nous a vraiment fait évoluer au niveau de l'organisation. Il faut garder en tête que les Américains sont ultra pragmatiques, mais dans le bon sens du terme ». Le studio parisien s’inspire de ses homologues US et applique la même méthodologie, à une époque où l’industrie française manque de structure et d’organisation. « Le problème en 2000, c'est qu'on était en pleine période d'euphorie » raconte-t-il. « Trop d'argent facile, des investissements massifs sur une industrie immature... Bref, le jeu vidéo français n'a pas été assez professionnel. C'était vraiment la totale à ce moment-là : pas de plannings, pas d'organisation, des retards, des jeux mauvais, des problèmes de budget... C'est évident, il y a eu trop d'erreurs. »
Le joueur de tennis espagnol Rafael Nadal dans le jeu vidéo Top Spin 4 de 2K Sports.

Rafael Nadal dans Top Spin 4

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Pour surpasser Virtua Tennis, qui règne en maître sur le genre, Top Spin a quelques arguments à faire valoir. Le casting, déjà. Le jeu permet d’incarner 32 joueurs ATP et WTA dont quelques pointures, comme Pete Sampras ou Sébastien Grosjean. La modélisation est millimétrée, le souci du détail est là. Lleyton Hewitt, n°1 à l’ATP jusqu’en 2002 et présent dans le jeu, s’en étonne : « Je frappe la balle de la même manière que sur le court » dit-il à IGN. « C’est mon service, mon revers, et si vous faites bien attention, mon personnage me ressemble comme deux gouttes d’eau. C’est le même niveau de réalisme pour tous les joueurs incorporés dans le jeu. » Top Spin propose également un mode Carrière bien plus complet que le « World Circuit » de Virtua Tennis, vous permettant de régler chaque paramètre de votre joueur. 500 000 copies sont vendues et Top Spin devient un poids lourd du genre. « Le jeu est tellement bon qu’il servira de référence pour tous les autres » lâche le tennisman australien à l’époque. Si bon qu’on cherche encore son successeur, 15 ans plus tard.
Take-Two rachète la licence à Microsoft, s’offre ses créateurs et refile le bébé à 2K. Le studio parisien est avalé par l’ogre américain et continue de bosser sur sa série phare. Top Spin 2 sort en 2006 et Top Spin 3 en 2008. Avec la même recette, mélangeant arcade et simulation pure. Mais quelques mois après la sortie du troisième opus, PAM Development ferme ses portes. Une bonne partie de l’équipe est délocalisée en République Tchèque pour intégrer 2K Czech et bosser sur Top Spin 4. Un titre encore considéré comme la référence ultime de la simulation de tennis, pour son réalisme, sa crédibilité et sa complexité. Pas facile pourtant de proposer une profondeur de gameplay pour un sport qui semble si répétitif d’un point de vue spectateur.
« Pour avoir bossé sur deux Top Spin, je peux te dire que le genre du tennis n’est vraiment pas facile à faire » explique Pierre André, un ancien de 2K Czech à Gamekult. « C’est très difficile de rendre intéressant deux mecs qui tapent une balle et d’y puiser toute la profondeur qu’il peut y avoir là-dedans. Je pense que l’investissement et le risque qu’il y a derrière ne sont pas négligeables. Beaucoup ont essayé, beaucoup se sont cassés les dents, et des bons même. Nous il a quand même fallu en faire quatre pour se dire qu'on touchait vraiment au but, que c’est comme ça qu’il faut le faire et pas autrement. »
Malgré le succès critique, Top Spin ne connaît pas de suite et Take-Two arrête les frais en 2014. « 2K est vraiment un distributeur / éditeur américain. Des mecs qui ont assez peu de temps de cerveau disponible, dans le sens où quand tu centralises tout en termes d’édition, de marketing, il faut vraiment que la licence qui monopolise ton équipe édition rapporte en fait. Il faut que le temps que passent ces mecs-là soit rentabilisé » lâche Pierre André, qui atterrit quelques années plus tard chez Breakpoint pour bosser sur Tennis World Tour.
Annoncé par les médias comme le successeur spirituel de Top Spin, Tennis World Tour n’a pas confirmé les espoirs placés en lui. Sorti en catastrophe par Bigben Interactive, le titre « n’était terminé qu’à 20% » au moment de sa sortie. La raison ? Faire coïncider la date de sortie avec le début des Internationaux de France et capitaliser sur les campagnes marketing déjà lancées. Jeu, set et match pour le capitalisme.