« MISSION, subst. Fém.
1. Charge donnée à qqn d'aller accomplir qqch., de faire qqch. Ex : On l'a chargé d'une mission. »
En ce qui me concerne, on ne m'a rien imposé. Je me fixe simplement des buts précis à chaque fois que je suis sur le vélo.
J'ai toujours aimé sortir des sentiers battus en explorant ce qui pouvait bien se cacher derrière chaque virage, butte ou sommet. Mes « missions » se finissent souvent de nuit, après m'être faufilé dans tous les endroits les plus improbables découverts en chemin. Quand je ne suis pas sur le terrain, ça se passe derrière l'ordi... À la recherche de spots improbables ou à regarder des vidéos originales de différents horizons. Je m'inspire essentiellement du milieu du ski et des autres sports de glisse mais je suis surtout captivé par les esprits créatifs.
Cette saison, je donne un nom à ces sorties par la création d'une nouvelle websérie : « MISSION ». Vous me retrouverez donc, toute l'année à travers plusieurs épisodes, roulant des spots inédits, ou en mixant différents sports. Peut-être que d'autres idées naîtront après le combo VTT/parapente de l'année passée...
Pour ce premier épisode, je vous emmène en plein cœur du Pérou, à proximité de Nazca. Ici se trouve le Cerro Blanco, la plus haute dune du monde culminant à plus de 2000 mètres. J'ai trouvé ce spot grâce à un edit du skieur Jesper Tjader pour GoPro. Une idée déjà originale de descendre cette immense face de sable en ski, mais il fallait que je puisse l'essayer en vélo. 11 longs mois ont passé depuis la découverte du spot, l'organisation du projet et la validation de la Mission !
J'ai même songé à faire des essais sur la dune du Pilat avant de partir.
Le plus délicat étant de partir à l'aveugle sans savoir si cette fameuse dune est roulable ou non. Comme un stress excitant qui nous a tenu en haleine jusqu'aux premiers tests réalisés sur place. Et quel soulagement aux premiers tours de roues !
Pour la petite parenthèse, j'ai même songé à faire des essais sur la dune du Pilat avant de partir...
Je dis « nous » pour citer Pierre Henni, le caméraman du trip et Julien Prenez, ici en vacances et photographe à temps partiel. Une équipe qui tient la route, puisque nous habitons déjà dans la même colloc.
Le départ pour la dune se fait de nuit à 2h du matin. Pas de grasse mat pour ce début de trip, on attaque directement dans le dur. Les repérages de la veille nous ont rassuré et la motivation l'emporte sur nos envies de sommeil.
Au niveau du matos, hors de question de tenter la version light. La température de nuit est idéale, mais devient vite insupportable de jour. Nous savons par avance que de l'eau en quantité nous aidera à valider la mission. Sans compter le matériel habituel, il faut donc prévoir 3L pour chaque gars avec une bonne dose de crème solaire.
4h plus tard, nous atteignons les crêtes sommitales, tout juste à temps pour le levé du soleil. Nous apercevons déjà de longues faces vierges de sable blanc sous un ciel orangé. C'est magnifique et complètement décalé... Nous nous retrouvons au milieu d'un désert de dunes immense, perchés à 2000 mètres, prêts à dévaler notre plus longue face freeride jamais roulée.
Mais la crête est longue avant de rejoindre cette fameuse ligne. On a le temps d'y croiser des scorpions pour se ravitailler mais aussi un énorme condor qui nous tourne autour, dans l'attente de nous voir sécher au sommet de la dune. Le schéma proie-prédateur est simple. On mange des scorpions séchés pour que le condor nous mange ensuite.
L'oiseau approche - voire dépasse - les 3 mètres d'envergure. Pour la parenthèse culturelle, c'est d'ailleurs l'oiseau le plus imposant du monde mais aussi le symbole national du Pérou. Je peux vous assurer qu'il en impose.
Difficile de rester concentré sur le sommet dans ces conditions mais nous y parvenons enfin après une ascension totale de 5h. Le soleil tape. Il est seulement 7h mais il est surtout temps de passer aux choses sérieuses !
Quelle sensation de glisser en vélo sur le sable ! Je retrouve des sensations proches du ski mais avec une lecture de terrain aléatoire. Avec l'expérience, on apprend à lire la neige, de façon à anticiper les zones dures et molles. C'est exactement la même chose sur le sable sauf que je n'ai pas les repères ni l'expérience pour les anticiper. J'essaye de me faire mon propre avis avec les variations de couleurs, d'ondulations du sable et d'orientation des faces mais je roule sur la défensive pour éviter le crash.
Chose qu'on a vite tendance à oublier dans le feu de l'action. Pour rappel, nous sommes bien perdus au milieu du Pérou, à plusieurs heures des premiers secours. Et même s'il s'agit de sable, il peut vite s'apparenter à du béton en cas de grosse chute.
Mais je me régale et la face paraît sans fin. Pour vous donner un ordre d'idée, Julien l'a filmé dans son intégralité. Soit 4 minutes de face freeride en continue, c'est énorme ! On l'a d'ailleurs regardé du début à la fin, en entendant des « whoaaa c'est fou » raisonnant dans toute la vallée...
Mon tour vient juste après et je garde encore ce souvenir de flottement à haute vitesse, à ne plus savoir si mes roues glissent ou roulent... J'ai en tête ce moment de doute, à vouloir freiner mais en étant incapable de savoir ce qu'il se passe. Une sensation à la fois étrange mais unique, que je n'avais encore jamais expérimenté.
Quoiqu'il en soit, me voici en bas de cette immense dune. Peu importe l'angle, depuis le haut ou le bas, elle impressionne... Mais nous pouvons maintenant le dire : mission accomplie ! Nous avons roulé la plus haute dune du monde en VTT.