Suite à la victoire de Fnatic, Team Vitality a également sécurisé sa place pour les phases finales qui se dérouleront en Corée du Sud. Le dernier ticket européen a été décroché par G2 le week-end, qui a surclassé Schalke lors de la finale du Gauntlet et passera par les Play-Ins. Avant le début des hostilités, nous avons rencontré trois joueurs qui ont fait sensation cette saison. Tamás ‘Vizicsacsi’ Kiss, Mateusz ‘Kikis’ Szkudlarek et Marcin ‘Jankos’ Jankowski font le bilan du Split, reviennent sur l'incroyable parcours de Schalke 04 et répondent à cette question existentielle : l'Europe est-elle capable de concurrencer l'Asie ?
Troisième lors de la saison régulière, Schalke 04 a déjoué tous les pronostics en atteignant la finale des playoffs. Un parcours qui semblait impossible lors du split précédent, tant l'équipe allemande paraissait "facile à battre". Mais comment ont-ils réussi à inverser la tendance ?
"Recruter Maurice ‘Amazing’ Stückenschneider a changé la donne. Il a apporté ses connaissances lors des réunions d'après-match et donné beaucoup d'infos pendant les rencontres. Globalement, il nous a beaucoup apporté." explique Vizicsacsi, toplaner de la formation.
"On a clairement haussé notre niveau de jeu. On s'est rendu compte qu'on pouvait se racheter après un première partie de saison décevante" poursuit-il. "Parce qu'honnêtement, au début du printemps, on pensait accrocher le top 4 car sur le papier, notre roster est extrêmement solide. Mais ça n'a tout simplement pas fonctionné."
"Étrangement, on a beaucoup régressé au cours du split. On s'est efforcé de ne pas reproduire les mêmes erreurs pendant l'été. À chaque fois qu'on reproduit un schéma qui nous pénalise, on en discute et on adapte notre style de jeu" dit-il. "Ça fait la différence."
Team Vitality est l'une des équipes qui a été surclassé par Schalke 04 lors des playoffs. Mais la team française a réalisé un parcours remarquable. Une victoire contre Fnatic lors de la septième semaine, une demi-finale de playoffs et une troisième place décrochée contre Misfits.
Kikis a rejoint Vitality fin juillet. À l'époque, l'équipe française comptabilise autant de victoires que de défaites. Mais depuis, Vitality a remporté la majorité de ses rencontres et a enfin rivalisé avec les poids-lourds de l'Europe. Comment ? Grâce à son style de jeu sans concession, selon le jungler de la formation.
"Nous n'avons pas peur de jouer agressivement et de faire la même chose sur scène qu'en scrim" explique-t-il. "Les gens n'arrivent pas à gérer cette stratégie parce qu'ils se disent qu'on ne reproduira pas les mêmes stratégies devant un public. Même s'ils s'y préparent, on tente de nouvelles choses qui sont difficiles à anticiper."
"Je suis bien meilleur que les autres junglers en early game et je prends régulièrement l'avantage là-dessus. Mon équipe est plus libre, parce que je mets la pression sur le jungler adverse. Son impact sur la partie est limité car je suis constamment dans sa jungle et je connais sa position. C'est difficile de revenir dans la partie après avoir pris autant la pression en early" explique-t-il.
"Cette saison, les équipes se sont améliorées. Les playoffs étaient plus compétitives que lors des splits précédents" précise-t-il.
"Fnatic reste n°1, mais Misfits, Schalke, Vitality et Splyce se rapprochent de plus en plus du haut de tableau, alors que ce n'était pas forcément le cas il y a deux mois. Désormais, toutes les équipes sont plutôt correctes."
En attendant le début des Championnats du Monde, tous les regards seront, une nouvelle fois, braqués sur la Corée du Sud. Et la même question reste en suspens : les équipes européennes sont-elles capables de rivaliser avec les équipes asiatiques ?
Vizicsacsi reste optimiste et pense qu'il y a une chance pour l'Europe cette année, parce qu'il a repéré quelques faiblesses chez les coréens.
"Comme tous les joueurs professionnels, je regarde énormément de rediffusions des rencontres coréennes. Durant les playoffs, j'ai remarqué que certaines équipes faisaient des erreurs" explique-t-il. "Parfois même des erreurs mécaniques. Un truc qui n'arrivait jamais dans la ligue coréenne ces dernières années."
"Lors des Championnats du Monde, ils peuvent hausser leur niveau de jeu, mais leur principale force reste la compréhension globale du jeu. Actuellement, plusieurs stratégies sont viables à haut-niveau. Vous n'êtes pas limité dans le choix des champions et c'est très mauvais pour les coréens car ils aiment appliquer la même tactique jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement maîtrisée. Maintenant qu'il y a plus de possibilités, vous pouvez les surprendre." explique-t-il.
Kikis, quant à lui, reste pragmatique. Impossible d'affirmer que l'écart se réduit entre l'Europe et l'Asie jusqu'à ce que les formations occidentales commencent à remporter régulièrement des rencontres. "Chaque année, tout le monde pense qu'on va faire quelque chose, mais jusqu'à ce que ce soit réellement le cas, je ne peux pas faire de pronostics." dit-il.
En revanche, pour Jankos, l'écart se réduit. "Je ne sais pas si nous en sommes encore là, mais quand je regarde les rencontres en LPL ou LCK, je suis persuadé qu'on peut reproduire les mêmes stratégies. La question est : a-t-on des joueurs capables de le faire ?
"Fnatic, par exemple, n'était pas aussi régulier que Schalke en early game cette saison. Mais ils parvenaient régulièrement à outplay l'équipe ennemie. Si on peut jouer à notre niveau, ne pas compter sur les performances individuelles et maîtriser autant la micro que les équipes asiatiques, on sera beaucoup plus performant aux Championnats du Monde."