Musique
Un peu d'histoire : les racines de Notting Hill
M. Lloyd Bradley nous parle d'un moment charnière dans l'histoire du Carnaval de Notting Hill.
Il est difficile d'imaginer les rues de Notting Hill, en plein pendant les vacances d'août, sans des hordes de jeunes fêtards hédonistes de tous horizons en train d'avaler du curry de chèvre pendant que les parades défilent, avant d'aller remuer sous les enceintes qui battent le rythme frénétique de ces bacchanales anglaises à chaque coin de rue. Et bien, selon Lloyd Bradley, auteur du livre « Bass Culture: Quand le Reggae était Roi », ça n'était pas comme ça avant.
Bradley, qui sort son nouveau livre « Sounds Like London : 100 Ans de Musique Noire dans la Capitale », explique : « Pour les gens de la génération de mes parents, c'est-à-dire, les immigrants antillais des années 40 et 50, le carnaval était un moment exceptionnel. Un moment qui leur permettait de se rattacher à leur culture. Ma génération à moi, ceux qui sont nés en Angleterre, au contraire, on essayait de réussir dans les schémas anglais. Certes, on était Caribéens, voire Africains, mais on voulait être Anglais, du coup, on se rebellait contre l'ancienne génération. »
Il n'y avait pas de lover's rock, pas de grime, pas de dubstep et les musiciens de Soul II Soul étaient à peine nés.
« À l'époque, dans les années 60, il n'y avait pas de culture Afro-Britannique. Il n'y avait pas de lover's rock, pas de grime, pas de dubstep et les musiciens de Soul II Soul étaient à peine nés. Pour nous, le carnaval, c'était un événement où tu devais suivre ton père de force. C'était éprouvant de devoir passer un jour ferié à marcher dans les rues. »
C'était aussi une époque où le public n'était pas mélangé : « Londres appliquait une ségrégation raciale efficace à l'époque, » ajoute Bradley.
C'est en 1974 que tout à changé : « Les sound systems ont commencé à apparaître dans les rues sous le Westway. C'étaient des installations adéquates pour la révolution qui se déroulait à cette époque. »
L'élément charnière de la musique de cette époque était le fait qu'elle parlait à la jeunesse noire de Londres. « On avait accès à du reggae moderne et à de la soul, ou plus simplement du steel-drum et de la soca, le son auquel on arrivait pas à s'identifier à l'époque. »
Le sond system qui a marqué le jeune Lloyd pour toujours s'appelait le 6x6, à Notting Hill. « C'était la première fois qu'un si grand nombre avait accès à du reggae, à James Brown et à la musique de l'époque, » se souvient-il.
« C'étaient des sound systems londoniens qui jouaient le genre de musique qui passaient en club. Les gens faisaient même un cercle dans le public pour les danseurs. Ces ambiances en ont inspiré plus d'un, moi en particulier, qui se sont mis à construire leurs propres sound systems, qui ne passaient pas forcément du reggae d'ailleurs. »
Depuis, le Carnaval de Notting Hill est un événement obligatoire pour n'importe quel jeune. « Le carnaval est passé d'une affaire nostalgique d'immigrants caribéens à un rendez-vous obligatoire pour tous les jeunes londoniens, » se souvient Bradley. « Il fallait y être. »
Son nouveau livre, « Sounds Like London : 100 Ans de Musique Noire dans la Capitale » est sorti. Vous pouvez en lire un extrait (en anglais) en vous connectant sur le magazine de la Red Bull Music Academy.