Josépha a la danse chevillé au corps. Lors des fêtes familiales, c’était la petite qu’on laissait au milieu de la piste parce qu'on savait qu'elle allait suivre les steps. Cet amour pour le mouvement n’a fait que grandir. À 16 ans, elle se passionne pour la danse hip hop, intègre une compagnie semi-pro et chope le virus de la scène. En 2003, elle quitte Lille où elle a grandi pour Paris, et rejoint l’Académie Internationale de Danse.
L’entrée dans la vie professionnelle est difficile. À l’époque, la jeune femme a eu le sentiment d’avoir dû passer « plus d’une centaine d’auditions » avant de décrocher son premier contrat. C’est la chorégraphe contemporaine Yano Iatridès, aujourd’hui décédée, qui la repère. « Elle a aimé ma gestuelle et a été la première personne à me faire confiance ».
Depuis, Josépha a collaboré avec des chorégraphes venus du milieu contemporain, comme Sidi Larbi Cherkaoui, ou hip hop, comme Babson du Wanted Posse. Elle a participé à de « beaux spectacles », tels que « Kirikou et Karaba » de l’Anglais Wayne Mc Gregor. Cette comédie musicale va élargir son horizon. « La tournée a duré trois ans, on était 20 sur scène. C'était super, mais en sortant de ça j'avais envie d'être seule en scène et de raconter une histoire ». À cette période, elle assiste justement à une conférence sur l’excision. Touchée par le témoignage de femmes meurtries, elle décide d’utiliser « le langage du corps pour dénoncer la douleur physique ». C’est ainsi qu’en 2010 naît le solo « Mes mots sont tes maux ». Le spectacle remporte le concours Paris Jeunes Talents grâce auquel elle bénéficie d'un accompagnement pour monter sa compagnie de danse. « Depuis, je suis dans ce processus et je jongle entre interpréter - parce que j'adore toujours ça - et chorégraphier, être porteuse de projet ».
Le style de Josépha est un mélange de contemporain, de hip hop et d’afro. À cela, est venu s’ajouter le waacking. C’est la dernière danse dont elle est « tombée amoureuse » et elle en est devenue l’une des figures emblématiques. Elle a notamment été choisie pour réaliser un solo dans le clip de Beyoncé et Jay-Z, « Apeshit » tourné au musée du Louvre. Son passage lui vaut de nombreux messages de waackeurs « super fiers » de la voir représenter cette culture. Né dans les années 70, à Los Angeles, au sein de la communauté gay afro-américaine et latino, le waacking s’inspire des poses glamours de stars hollywoodiennes comme Greta Garbo ou Marylin Monroe. « Cette danse a une résonance particulière parce qu’elle est née de la frustration d’une partie de la population qui n’avait pas le droit d’être. Le cinéma hollywoodien et ses icônes symbolisaient un monde inaccessible ». Quand Josépha découvre cette danse pour la première fois, c’est le coup de foudre.
Un an plus tard, en 2013, elle fait une entrée fracassante sur la scène waacking lors du festival Street Star (Suède), une compétition qui réunit les meilleurs waackeurs de la planète. Elle danse avec le cœur et accède à la finale. « Sortir de nulle part et arriver en finale, c’était un peu fou ». À compter de ce jour, on se met à la réclamer aux quatre coins du monde pour animer des workshops et juger des compétitions.
« Je suis entrée dans ce mouvement à 300 % parce que j'ai trouvé un espace de liberté que je n'avais pas dans les autres danses », explique Josépha. On a le droit de s’inventer un personnage ce qui explique que beaucoup de waackeurs aient un surnom. Elle, c'est donc Princess Madoki. Une princesse parfois peste.
En fonction de son humeur et du pays où elle se trouve Josépha va raconter une histoire différente. La tenue a également son importance. La danseuse souligne en effet que « la mode et le waacking » sont connectés. « Comme je l’ai dit, l’inspiration de cette danse c’est le cinéma hollywoodien, c’est le glamour des stars. Tu ne peux pas venir en jogging-baskets ». C’est pourquoi elle apprécie, quand l’occasion se présente, de participer à des défilés. Lors de la Fashion Week 2017, elle a ainsi performé pour la maison japonaise Issey Miyake sous la direction du chorégraphe Damien Jalet.
Aujourd’hui, Princess Madoki cherche à populariser le waacking en France à travers des ateliers et les activités de « Ma Dame Paris », un collectif fondé avec deux amies waackeuses, Mounia et SonYa. Leur souhait est d’amener le waacking dans les théâtres en montant des spectacles. Par ailleurs, dans la série de vidéos « Ma Dame Paris meets… », elles invitent un waackeur étranger à danser sur de la musique francophone. Une manière de « valoriser la culture française » tout en partageant un moment de création.
Dès qu’il s’agit de sa passion, Josépha Madoki est sur tous les fronts. En février 2019, elle lançait avec succès la première édition du « All Europe Waacking Festival », concept qui existait déjà en Asie. Dès le mois d’avril, elle se rendra en Allemagne pour rejoindre le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui et préparer « Alceste » de Christoph Willibald Gluck. Cette œuvre se jouera à l’Opéra de Munich de mai à juillet prochain.
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