Gaming
Si Benjamin “ProblemX” Simmons est aujourd’hui une figure connue sur la scène internationale du fait de sa victoire à l’EVO 2018, Street Fighter n’a pas toujours été son jeu du coeur. Il a bien vu passer quelques copies de la série de Capcom quand il vendait des jeux en boutique mais avant Street Fighter il y avait Call of Duty.
C’est avec Modern Warfare en 2007 que l’éternel londonien aujourd’hui âgé de 26 ans commence les compétitions de jeu vidéo. D’abord sur le net puis en lan. C’est dans l’une d’elle qu’il découvre qu’une nouvelle itération de Street Fighter 4 est sortie. Il l’achète, par curiosité, commence à jouer en ligne et devient rapidement accro. Comme beaucoup de joueurs de cette génération il est un “online warrior”, ces joueurs qui gravissent les échelons du classement en ligne puis, quand ils se sentent légitimes, font forte impression lors de leur premier tournoi local.
Des débuts prometteurs
Mais entre ce premier tournoi et l’EVO, c’est près de huit années d’entrainement, de tournois, de rencontres qui ont façonné le londonien. Quand il commence Street Fighter il est encore en plein dans les études où il suit un parcours général mêlant économie, chimie, biologie. Son état d’esprit d’alors est simple, il faut multiplier les opportunités pour espérer réussir. Il ne suffit pas d’ouvrir une porte, il faut avoir un pied dans toutes et cela finira par porter ses fruits.
Je voulais avoir un impact sur le monde du gaming.
Sa vocation ne tarde cependant pas à transparaître. “Je voulais avoir un impact sur le monde du gaming” explique-t-il. À cette époque et encore aujourd’hui, l’Europe reste le parent pauvre du jeu de combat derrière les USA et le Japon. ProblemX ne se satisfait pas de cette situation et souhaite faire briller l’Europe et particulièrement ses frères anglais. Mais pour avoir un impact, encore faut-il avoir du poids dans un milieu alors en pleine professionnalisation.
Entrepreneur spirit
En 2014 Capcom dévoile son Pro Tour, un ensemble de tournois qui, s’ils restent indépendants, sont co-financés par la société. L’argent, ainsi que des places qualificatives pour la finale, sont distribués aux joueurs faisant les meilleurs résultats tout au long de l’année. Il faut cumuler des tournois pour obtenir des points, ce qui favorise logiquement les joueurs déjà établis possédant des moyens financiers leur permettant de parcourir le monde.
Très médiatisés via la retransmission sur Twitch, ces tournois sont alors la meilleure opportunité pour se faire connaître. Il suffit d’être ce joueur qui fait top 8 régulièrement ou celui qui bat un joueur connu pour intéresser un sponsor. Celui-ci débloque des fonds permettant plus de voyages, donc plus de tournois et donc potentiellement plus de gains, ce qui permet d’en faire son activité principale.
Je me suis retrouvé dans des tournois totalement à sec, avec juste quelques billets dans le portefeuille. Je multipliais les money match pour me refaire un peu.
Arrive le dilemme de l’oeuf et de la poule : il faut aller aux tournois pour gagner de l’argent, mais il faut de l’argent pour aller aux tournois. ProblemX en bon entrepreneur décide d’investir dans deux valeurs sûres : son ami Foxy Grandpa, excellent joueur alors en lice dans la très lucrative league ESL sur le jeu Mortal Kombat, et lui-même. Il crée même une marque, ProblemX Promotions, afin de faire connaître son ambition.
Il enchaîne les petits boulots, économise un maximum en prenant les billets d’avion en avance, multiplie les tournois locaux pour gagner des petits lots qui s’additionnent. Souvent c’est fauché qu’il arrive sur le lieu où va se dérouler le tournoi qu’il espère gagner. “Je me suis retrouvé dans des tournois totalement à sec, avec juste quelques billets dans le portefeuille. Je multipliais les money match pour me refaire un peu”.
Son état d’esprit n’est alors pas loin d’un entrepreneur de startup : “Ce n’est pas rentable mais l’important, c’est que vous y êtes, vous êtes au tournoi. Si tu es victorieux, alors tout est arrangé. Tu peux être le meilleur, si tu n’es pas là, ça n’a aucune importance”.
Une période d’opportunités
Quand on lui demande si son parcours est reproductible aujourd’hui, alors que la compétition sur Street Fighter 5 est extrêmement féroce et que de son propre aveu, le jeu laisse une place importante à des situations hasardeuses, il répond par l’affirmative. Pour lui ces moments hasardeux propres à la meta de Street Fighter 5 sont ce qui permet à d’autres joueurs de se faire une place : “Personne ne se lancerait dans une carrière esport si ce sont toujours les même 20 joueurs qui gagnent. Ce serait un mauvais investissement”.
Invité d'honneur du Red Bull Kumite en novembre dernier, ProblemX s'est incliné en finale face à Fujimura. Mais cela ne l'empêchera pas de poursuivre son objectif de laisser une marque dans le milieu du jeu vidéo, et d'apporter quelques pierres de plus à cet édifice qu'il n'a pas encore fini de construire.