Confiné et en panne d'inspiration ? Découvrez 8 exemples de rappeurs pour booster votre créativité.
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Confiné et en panne d'inspiration ? 8 exemples pour booster sa créativité

S'enfermer dans une cabane, enregistrer le bruit de ses fourchettes ou freestyler en livrant des pizzas : le confinement n'a jamais été un problème pour les rappeurs.
Écrit par Genono
Temps de lecture estimé : 9 minutesPublished on
Face au confinement et aux difficultés à rester productif en jogging à la maison entre deux séances de binge-watching, nombreux sont ceux qui perdent en motivation au fil des semaines. C’est le cas pour les travailleurs mais aussi pour les artistes, qui doivent se réadapter : plus de clips à Dubaï, de showcases à Tourcoing, ou de nuits passées en studio. Loin de se laisser abattre, le monde du rap fourmille d’exemples qui nous prouvent que face à l’adversité de l’enfermement, les moyens de booster sa créativité existent. Et qu'il est même possible de tourner les contraintes à son avantage et de faire de la situation une période prolifique. Alors si vous vous sentez en panne d'inspiration, suivez ces exemples.

Faire participer son public

En 2016, Jul s’offrait sans trop de calcul un beau petit coup de comm’ en invitant ses fans à réaliser un morceau avec lui en live sur Periscope. Du choix des éléments composant la prod à l’écriture du texte, le titre « En live du Periscope » lui avait permis de renforcer outre-mesure le lien avec sa fan-base. Quatre ans plus tard, YL a repris le même type de concept en l’élargissant à une mixtape entière. Désireux d’offrir à son public un disque qui répondrait en tous points à ses attentes, il a profité du confinement pour communiquer directement avec ses fans via ses réseaux sociaux.
Les « vaillants », surnom des supporters d’YL, ont ainsi choisi les morceaux qui allaient composer le tracklisting de la mixtape. Les extraits proposés par le rappeur ont été soumis à un vote, pour ne conserver que les meilleurs, et les abonnés ont ensuite choisi le nom à donner à ces morceaux (piste 1 : Beretta ; piste 2 : Vaillante, etc). Une belle manière d’occuper le temps tout en rendant ludique la sortie de ce projet, d’autant que les fans ont aussi pu désigner le titre de la mixtape. Pas de surprise, celle-ci s’intitule donc « Vaillants ».

En prison ? En profiter pour écrire ou enregistrer

Certains observateurs un brin impatients ont comparé le confinement à une peine de prison, oubliant sans doute que les conditions d’hygiène et de sécurité, le degré de liberté, ou encore le confort, étaient incomparables. Reste que certaines occupations sont idéales pour passer le temps quelles que soient les conditions d’enfermement, comme l’écriture voire l’enregistrement d’un album. En France, l’enregistrement directement depuis la prison reste le fait d’initiatives exceptionnelles (comme la compilation « Shtar Academy » enregistrée par des détenus en 2013), contrairement aux États-Unis, où un rappeur comme Gucci Mane a publié plus d’une vingtaine de projets alors qu’il était derrière les barreaux.
L’écriture reste en revanche l’une des activités préférées des rappeurs enfermés, on se souvient par exemple que Booba a écrit une partie des textes de l’album « Mauvais Oeil » pendant sa peine, tout comme, plus récemment, Kaaris et « Or Noir Part.3 ». Alibi Montana racontait le mois dernier à l’Abcdr du Son les méthodes particulières d’écriture en prison : « Je cantine des feuilles, des stylos et je me mets vraiment à écrire à ce moment. Par période en prison, spécialement quand je vais au mitard, je suis obligé d’écrire de tête, et c’est quelque chose que je ne réussirai jamais à refaire dehors. »

Couper son bracelet électronique pour aller enregistrer un album

En 2011, le rappeur québécois Flawless Gretzky a été condamné à 6 ans de détention pour vol, possession et usage d’arme à feu. Sorti en conditionnelle cinq ans plus tard, il doit porter un bracelet électronique mais viole rapidement les conditions de sa probation. Il ne peut par exemple pas entrer en contact avec des individus déjà condamnés, ce qui ne l’empêche pas d’enregistrer un featuring avec Maino, rappeur new-yorkais qui a notamment passé dix ans en prison pour avoir enlevé et dépouillé un dealer. Retour derrière les barreaux pour Flawless.
De nouveau libéré en conditionnelle, Flawless Gretzky craque le soir de son anniversaire : ne sachant quoi répondre aux autorités carcérales qui lui demandent pourquoi son couvre-feu n’était pas respecté, il coupe son bracelet électronique et part en cavale. Enfermé en studio pendant deux mois (avant de retomber), il enregistre trois mixtapes, clippe six morceaux, et une bonne quantité de featurings. Comment justifier ça auprès de la justice ? Le rappeur a répondu : « Je voulais simplement terminer mes mixtapes et mes EP pour être certain que, lorsque je retourne en dedans, ma musique continue à faire du bruit. »

Se confiner volontairement pour rester focus

Contrairement à la majorité de la population, les rappeurs se confinent parfois volontairement pour se concentrer sur leur activité artistique. L’exemple le plus connu est celui de Jul et sa fameuse cabane de jardin, des conditions d’enregistrement à l’opposé de ce que l’on peut imaginer pour le plus gros vendeur de disques de l’histoire du rap français : « Avec des planches en bois, j’avais fait une table et j’avais installé un ordinateur, a ainsi confié le rappeur à Trax Magazine. Pour enregistrer j’appuyais sur REC et je devais courir jusqu’au micro ».
D’autres comme Alkpote ou 13 Block ont connu le même type d’isolement lors de périodes d’enregistrement. Stavo racontait ainsi celui de « BLO » l’an dernier chez Clique : « Tu peux pas bouger, tu peux pas voir quelqu’un. Tu te réveilles, y’a le studio, tu dors, y’a le studio ». Pas vraiment moyen de se changer les idées, donc, même s’il est possible de combiner travail et plaisir : en 2015, Alkpote et le groupe Butter Bullets se sont confiné en Franche-Comté pour l’enregistrement de l’album « Ténébreuse Musique », l’occasion pour eux d’enchainer raclettes et fondues entre deux séances.

Panne d'ordi ? Enregistrer un album entier dans un Apple Store

Lorsque le sort s’acharne, il existe deux façons de réagir : se résigner et accepter son destin, ou repenser les choses comme personne n’avait osé le faire avant, pour parvenir à son but. Prince Harvey, rappeur new-yorkais, a opté pour la deuxième solution quand, en 2015, son ordinateur puis son disque dur lâchent tour à tour, le privant des sauvegardes de l’album qu’il est en train d’enregistrer. N’ayant pas les moyens de racheter le matériel nécessaire, il doit improviser, selon lui pour « ne pas mourir avant que le monde sache à quel point je suis chaud ».
Aidé par deux employés de l’Apple Store de Soho à New-York, il va alors ré-enregistrer progressivement chacun de ses titres en plein magasin pendant seize longues semaines. Évidemment, il doit faire preuve d’une grande inventivité pour sauvegarder son travail : le contenu des ordinateurs étant effacé automatiquement chaque jour à minuit, il doit placer ses enregistrements dans la corbeille, seul emplacement sûr. Prince Harvey perd tout de même des données de temps à autre, comme lors d’une alarme incendie dans la boutique : il est alors évacué par la manière forte alors qu’il tente de sauvegarder. L’album est finalement publié à l’été 2015 sous le titre de « PHATASS », acronyme de « Prince Harvey At The Apple Store Soho ».

Utiliser les bruits du quotidien pour enrichir sa production

Le confinement est aussi l’occasion de revenir aux choses les plus simples et de se rendre compte que le moindre détail du quotidien peut révéler sa beauté. Dans le monde du rap, cela se traduit par l’utilisation d’objets d’une grande banalité. On pense par exemple à Rilès, qui a récemment vu l’enregistrement-maison d’un titre perturbé par un voisin un peu trop généreux en coups de klaxon. Plutôt que de s’en plaindre, le rappeur a suivi les suggestions de ses fans, qui l'invitaient à transformer ce son plutôt désagréable en élément instrumental. Le processus de création, visible dans le clip, nous prouve qu’un son très basique peut aboutir à quelque chose de très différent.
Même type de cheminement pour Zek sur le premier épisode de « Capartenluxxxe » : alors que sa fille lui rappelle qu’il doit faire la vaisselle, il se saisit de trois fourchettes et les tape entre elles. Quelques heures plus tard, la prod est prête, et le rappeur essonnien dispose du support idéal pour son retour aux affaires. La fin de la vidéo le voit saisir un rasoir électrique et remarquer le bruit de celui-ci, nous laissant peut-être un indice sur la suite de la série. L’inspiration tient parfois en peu de choses.

Obligé d'aller taffer, et alors ?

La belle fable de Moha la Squale, passé par la case prison avant de devenir la première égérie Lacoste issue du monde du rap, n’aurait peut-être jamais vu le jour sans un détail assez inattendu. Décidé à se tenir à carreau après sa libération, il se lance dans les démarches pour devenir auto-entrepreneur, et prend un job de livreur de pizzas. À l’origine, le boulot doit lui servir à aider sa mère et payer son inscription au Cours Florent, pour poursuivre son objectif de réussir en tant que comédien.
Seulement, Moha passe la moitié de son temps à parcourir les rues parisiennes en scooter pour accomplir des livraisons. Le temps est parfois long, et caché derrière son casque, écouteurs sur les oreilles, il se met à freestyler entre deux feux rouges. S’il est un amateur occasionnel de rap, c’est pourtant loin d’être sa première passion, d’autant qu’à la maison il a plus entendu de la musique kabyle ou de la chanson française. Quoi qu’il en soit, ce petit passe-temps va rapidement changer le cours de sa vie, puisque moins d’un an s’écoulera entre son premier freestyle posté sur Facebook et son premier disque d’or.

Impossible de bouger ? Utiliser ses yeux

Face au confinement, certains parviennent à maintenir une belle productivité et à tirer profit de la situation, tandis que d’autres s’enfoncent dans la procrastination, le binge-watching et la déprime. Pour tous, l’espoir de sortir le plus vite possible de cet crise agit cependant comme un moteur, et un moyen de ne pas sombrer. D’autres n’ont pas eu autant de chance, et n’ont pas pour perspective la sortie du tunnel. C’est le cas de Pone, producteur du groupe marseillais la Fonky Family, atteint de la maladie de Charcot depuis 2015, et donc victime de paralysie progressive de l’ensemble de ses muscles.
Enfermé dans son propre corps, Pone n’a cependant pas abandonné la production. Aujourd’hui, il se sert de ses yeux, l’une des seules parties qu’il arrive encore à contrôler parfaitement, pour composer au moyen d’un ordinateur. Non seulement il arrive à être particulièrement productif, mais en plus, il livre des productions d’une richesse assez exceptionnelle et d’un niveau général impressionnant. Alors on relativise, on arrête de se plaindre et on se met au boulot !