Antoine Besse présente Ollie, son premier long métrage.
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Cinéma

Interview : Antoine Besse présente Ollie, son premier long métrage

À un peu plus d’un mois de la sortie en salles d’Ollie, son premier long métrage, Antoine Besse s’apprête à partir en tournée dans l’Hexagone pour présenter son film. Il répond à nos questions.
Écrit par Red Bull France
Temps de lecture estimé : 18 minutesPublished on

Est-ce que tu peux nous parler d’Ollie ?

Antoine Besse: C’est l’histoire de Pierre, un adolescent de 13 ans fasciné et passionné par le monde du skate, qui perd sa maman. Il se retrouve à aller vivre dans la ferme de son père qui est producteur de lait. La saison commence, et il rencontre Bertrand, un saisonnier marginal voire punk à chien, et il va se rendre compte que c’est un ancien skateur pro. Ils vont se lier d’amitié et surmonter leurs deuils respectifs à travers leur passion commune, le skateboard.

Comment est né le projet ?

À la base, j’ai fait un court métrage il y a dix ans qui s'appelle Le Skate Moderne. C’est un court-métrage autour des skateurs des champs qui s’inspirait de La Vie moderne de Depardon que j’avais revisité avec la bande de skateurs avec qui j’ai grandi en Dordogne. On a toujours skaté des endroits pas urbains voire très ruraux. Je trouvais ça intéressant, parce que le skate est toujours associé à la ville, mais il y a plein de skateurs qui viennent d’ailleurs, qui construisent leur modules, leurs rampes etc.

Entre temps, j’ai fait de la pub, des clips, des séries, je voulais apprendre. Il y a cinq ans, dans cette bande, un des meilleurs skateurs s’appelait Béranger, il nous a quitté suite à une vie assez tourmentée. Ça a été un peu un déclic, ça m’a choqué qu’il meure si jeune même si malheureusement, on le voyait un peu venir. Et en fait, je me suis dit que mon premier long métrage, il fallait que je le fasse autour de ce sujet-là. J’en ai profité pour raconter un peu ma vie quand on a déménagé en Dordogne, parler de choses qui avaient été compliquées avec mon père pendant l’enfance… et aussi un truc plus général et moins nombriliste : parler des populations un peu isolées et laissées pour compte de la campagne. J’en ai surement oublié et j’en oublierai sûrement, mais que ce soit les punks à chiens où les mecs qui vont en rave party, les agriculteurs pris à la gorge… montrer que c’est dur, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont tous suicidaires. Puis parler aussi du skate à la campagne, des gamins, de ce que c’est l’ennui, et en même temps ces paysages à perte de vue…

J’ai collé de près un film de Jeff Nichols qui s’appelle Mud que j’aime beaucoup, surtout il y a cinq ans, j’étais très très très fan. Le film m’a beaucoup inspiré, je me retrouvais grave dans l’histoire de ce petit : ça ne se passe pas bien dans sa famille, il se prend d’affection pour le personnage de Matthew McConaughey qui est un peu hybride, on ne sait pas trop s’il est réel. La première fois qu’on le voit, il disparaît, et c’est un truc que j’ai repris dans Ollie, parce que je trouvais ça super brillant dans la mise en scène de Jeff Nichols.

Le film est donc assez proche de ton expérience personnelle ?

Ce n'est pas une autobiographie, et ce n’est pas non plus la biographie de Béranger, ce serait présomptueux et faux. En revanche, dire que c’est un hommage à Béranger et inspiré de sa vie, de la mienne et de celle de tous les skatos avec qui j’ai pû traîner… c’est plus une inspiration globale qui a été articulée autour d’un scénario assez classique au final. Je voulais que ce soit classique, même dans la mise en scène. D’habitude, ce que je fais est un peu plus radical, et ça aurait donné un film un peu plus tourné vers les festivals, mais je ne voulais pas oublier le public pour qui était fait le film. Typiquement, là où j’ai grandi, ce n’est pas méchant, mais les gens ne sont pas trop dans la culture, ils sont cultivés à leur façon, et, avec des films un peu trop intellos ou trop complexes, tu éloignes une grosse partie du public. Je voulais que le film ait un pied dans le cinéma d’auteur et un pied dans le cinéma populaire, pour qu’il soit accessible à tous et que je puisse y mettre les touches que moi j’aime bien. C’est un film de l’entre-deux, pas autobiographique, mais quand même inspiré du réel.

Comment ça se passe quand on est passionné de skate, qu’on est abreuvé d’images qui viennent des US et qu’on habite dans un environnement complètement différent comme la Dordogne ?

Nous, on avait de la chance, parce qu’il y avait (et il y a toujours) une association qui s’appelle la All Boards Family. C’était la génération au-dessus, ils avaient dix ans de plus et ils skataient déjà comme des oufs. Ils construisaient déjà leurs modules, ils nous ont appris à le faire, ils se sont battus pour qu’un skatepark soit construit à Périgueux. Quand j’ai commencé, il n’y avait vraiment rien. On était aussi inspirés par Tom Penny, un anglais, sa mère avait acheté une ferme en Dordogne, et il avait construit une mini (rampe N.D.L.R) dedans. Il avait apporté cette énergie, et je l’ai vu quand j’ai fait Le Skate Moderne et Ollie ; dans toute la France, tu ne le soupçonnes pas quand tu traverses des endroits, mais si tu t’arrêtes, il y a de fortes chances qu’il y ait une rampe ou des curbs une grange sur deux. C’est juste que ce n’est pas médiatisé, et ça n’a jamais été “cool” de skater à la campagne.

Le Skate Moderne a apporté un truc un peu cool, j’avais pris le parti de les habiller en paysans du siècle dernier pour un peu questionner. Et c’est le truc qui avait fait le plus gros buzz comme sur l’article Konbini. Les gens étaient assez cons pour se demander si on skatait pas vraiment comme ça à la campagne. Je m’étais amusé à ne jamais vraiment répondre, c’est bien de questionner la connerie des gens.

C’est vrai que ce choix artistique avait apporté une vraie touche au projet.

Complètement, et surtout c’était il y a dix ans, les débuts d’Instagram, la fin de Facebook… Il y avait encore beaucoup de partage d’articles, j’ai bénéficié d’un bon moment sur internet parce qu’on pouvait buzzer avec des vidéos longues. Je pense que si je sors Le Skate Moderne maintenant, il ne peut pas exister. J’ai envie de croire en l’art, mais j’en doute.

Entre Caro Nostra, Le Skate Moderne et Ollie, tu mets souvent en avant des personnes en décalage avec la société, c’est quelque chose qui t'intéresse particulièrement ?

Ouais, complètement. Je n’ai pas grandi dans une famille pauvre, mais par contre, j’ai grandi dans une famille assez dysfonctionnelle et très vite, j’ai cherché une autre famille. Je me suis barré tôt de chez mes parents, d’abord, il y a eu un truc de famille de skateurs. Après, je suis parti vivre avec une meuf (paix à son âme, elle est partie malheureusement, et c’était mon premier amour) et en fait, elle vivait dans une communauté de punks à chien, mecs de teuf et un peu plus roots. Et c’est vrai que très vite, j’ai été fasciné par ça. Ce sont des personnages qui m’ont toujours intéressé, et dans le cinéma que j’aimais, j’étais toujours attiré par ce qui parlait des marges.

Justement, quelles sont tes influences ?

Les films de Chloé Zhao, d’Andrea Arnold… ça m’a toujours énormément fasciné. Même mon prochain film, que je pars tourner aux Caraïbes, ça parle des surfeurs oubliés et perdus, notamment sur une île qui s’appelle Saint-Martin qui est un peu le Las Vegas Antillais. Il y a un truc très fort là-bas sur la descendance des blancs, des noirs, l’héritage du sport… Vu que je viens des sports de glisse, j’ai surfé et skaté toute ma vie, c’est ma porte d’entrée. Ça me permet de rester crédible, mais après, ce qui m’intéresse, c’est de parler des gens en marge. Je trouve que c’est super intéressant d’essayer de comprendre, sans jugement, comment des gens arrivent à créer leur fil à eux, en dehors de la société.

C’est un peu ce vers quoi je tends aussi ; quand tu es réalisateur, sur des films avec peu de budget, tu voyages beaucoup… Je n'ai pas une vie classique.

C’est marrant, parce qu’avant, j’aurais répondu des noms comme Jeff Nichols, les frères Safdie… mais ça fluctue beaucoup. Actuellement, un cinéaste qui m’anime beaucoup, c’est Sean Baker. Ce n’est pas parce qu’il a gagné une palme d’or, mais sa démarche, je la trouve tellement louable. Il a explosé sans jamais se trahir. Depuis le début, dès son premier film, il parlait déjà du milieu des travailleurs du sexe, un milieu marginal, marginalisé voire invisbilisé, et il n’a jamais dérogé à ça. Il a évolué, tenté des trucs. Ce que j’adore, c’est qu’il intègre un milieu, il trouve les personnages en recherche documentaire, et après il leur fait jouer leur propre rôle. C’est un peu ce que j’ai fait sur Le Skate Moderne, sur Ollie avec les petits skateurs, et ce que je veux faire à fond sur mon prochain film.

Après, il y a Thierry de Peretti que j’aime énormément, il m’inspire beaucoup. Je ne ferais jamais son cinéma, mais il est très fort pour capter le réel. Avant, j’aurais cité beaucoup de cinéma new yorkais avec James Gray… un peu moins maintenant.

Kristen Billon et Antoine Besse lors du tournage du film de skate Ollie.

Kristen Billon et Antoine Besse

© Rezo Productions

Tu parlais du fait de prendre des non-acteurs, comment s’est passé le casting ? Notamment pour le personnage de Pierre.

J’ai une directrice de casting formidable, qui s'appelle Florie Carbonne, que je tiens à remercier encore. Elle a fait un casting dans tous les skateparks de France pendant plusieurs mois. Il s’est avéré que j’ai eu de la chance, Kristen (Billon N.D.L.R) avait déjà tourné dans un film, pour un petit rôle, mais il avait déjà tourné. Il avait déjà un peu l’habitude de la caméra et c’est vrai qu’il m'intéressait. En plus, il avait vraiment une gueule, un truc très angélique avec un regard très mature. Et vu que le personnage de Bertrand est tout dégingandé, il en fait des caisses, c’est un enfant dans un corps d’adulte, je voulais vraiment avoir un enfant avec un regard d’adulte. Je trouvais qu’il avait vraiment ça. Quand il est venu en casting, je t’avoue que c’était un peu terrible. Je l’ai vu, je savais que c’était lui, et après j’ai vu plein d’autres gosses en me disant : “c’est Kristen… c’est Kristen… c’est Kristen…”.

Et il y a eu aussi un truc, on s’est bien connectés. C’est un gamin super mature, on a eu un trio incroyable avec Théo et Kristen, on ne s’est pas lâché. On allait skater ensemble les week-ends… Il y a plein de moments du film que j’ai tourné tout seul avec les deux, ça s’est fait de manière assez organique. Je pense que c’est important qu’il y ait une connexion des énergies et des manières de bosser.

On parle souvent de direction d’acteur, mais pour moi, elle n’existe pas vraiment au sens méthodologique. Il y en a plein qui disent : “il y a des méthodes”. Oui, il y en a, mais il y a une méthode différente par type d’acteur. Un acteur qui fait du casting sauvage, il va falloir lui faire essayer de comprendre où tu veux aller, mais ne surtout pas essayer de lui faire apprendre un dialogue, il ne va plus donner ce que tu viens chercher chez lui. À l'inverse, il y a certains comédiens qui ont besoin d’être dirigés de manière extrêmement précise alors que d’autres, une fois qu’ils ont compris le personnage, tu les laisses en roue libre. Le truc d’un bon réalisateur et directeur d’acteur, c’est surtout d’être à l’écoute de la personne avec qui tu travailles, et comprendre comment tu peux avoir ce que toi tu as visualisé, et comment tu vas y arriver avec cette personne. C’est ça le vrai travail de direction d’acteur pour moi.

Sur 404 et BTS déjà, tu avais travaillé avec Théo Christine, c’est un acteur que tu apprécies ?

On a une relation particulière que j’aime beaucoup. On ne s’est pas rencontrés en travaillant, on s’est rencontrés en surfant. Quand je l’ai vu, j’ai trouvé qu’il avait une aura, une gueule, un truc. C'étaient les débuts de carrière pour nous deux, on a fait 404 peu de temps après la rencontre. Ça devait être un court-métrage pour mes potes de rave/skateboard, c'est devenu un court-métrage pour Dazed parce qu’ils ont aimé l’idée. On a même été shortlisté à La Quinzaine à Cannes, ça a pris plus de poids que prévu. Quand j’ai fait ce court, je me suis rendu compte qu’en plus de nos points communs, c’était un comédien brillantissime. Ça n'a pas loupé : juste après, il a eu NTM et sa carrière a décollé de son côté.

Ce qui était bien en ayant fait 404, c’est qu’on avait fédéré un truc. On a 5 cinq ans d’écart, on est très potes, c’est pas les trucs de réal/comédien où tu as 15/20 ans d’écart. On est devenu très proches, ça permet d’avoir des relations de travail incroyables. Sur Ollie, un comédien classique, il m’aurait donné un mois de prépa. Lui, il est venu avec moi pendant trois mois. Il a intégré les milieux de la teuf et des punks à chiens, il a perdu 15 kilos, on a discuté de la démarche ensemble pendant longtemps, il a appris à parler différemment, à gommer son accent urbain… il a fait un travail fantastique. Il l’a fait pour lui, évidemment, il ne l’a pas fait pour moi, mais il l’a fait aussi pour le film et c’est important de le rappeler. Il voulait créer un personnage touchant, il avait aussi un peu la pression de la mémoire de Béranger, il ne voulait pas trahir sa mémoire, et ça n’a fait que confirmer le fait que je voulais continuer à travailler avec lui.

Je trouve que c’est important les relations comédien/réalisateur à la Scorsese/DeNiro ou Linklater/Ethan Hawke. Il y a un truc, mine de rien avec les cinéastes, quand ils avancent avec leur comédien.

Là, (pour son prochain film N.D.L.R) on va tourner en pirate, en toute petite équipe, on ne va être que 9. Ça se passe dans le milieu de la prostitution et du surf aux Caraïbes, dans des milieux très deep, et je ne prends que des gens qui vont jouer leurs propres rôles parce que tu ne peux pas demander ça à quelqu’un de normal. Là-bas, ça parle anglais, espagnol, français, créole… tout se mélange, c’est une mentalité très particulière. Et lui, c’est un ancien surfeur pro, c’est l’histoire de mon film, il parle créole, il parle espagnol, il parle anglais. Je ne suis pas du tout un réalisateur à la Fincher, à la Wes Anderson, à la Kubrick… Je ne suis pas formaliste, je n’aime pas ça. Je ne suis pas un mec qui va chercher à tout maîtriser, à tout cadrer, j’aime bien quand le réel est là.

Quelle est ton approche pour filmer des scènes de skate dans le cadre d’un film comparé à une vidéo ? Que ce soit sur le plan, l’utilisation du Fisheye ou non…

C’est intéressant ce que tu dis, parce qu’au final j’ai fait les deux dans Ollie. Il y a le vrai Fisheye dans la vidéo de suivi des lines qui est un classique parce que tu peux avoir le rider en entier, le suivre, être au ras du sol, bien voir la planche et bien voir le gars. Ça, pour moi, c’était important que ce soit dans le film : c’est core, c’est authentique, c’est réel. Ce que j’avais aimé faire avec Le Skate Moderne, c’était filmer le skate un peu comme un ballet, trouver le bon plan serré pour le bon tricks, le plan large pour le bon enchaînement. Pour Ollie, je me suis un peu écouté, ça ne servait à rien d’aller dans de l’esthétisme, par contre, à l’inverse, quand je filmais dans la diégèse du film, ça m’intéressait de trouver un découpage adéquat aux décors, et aux tricks.

Une démonstration de tricks en pleine rue, devant un public venu assister à la projection du film de skate Ollie.

Des tricks et un film

© Collectif Blackhat

Au niveau musical aussi, même s’il y a du System of a Down dans la BA, sur grand écran, j’imagine que la sélection est différente…

Non non, dans le film il y a du System of a Down. Pour moi c’était important ce son, il représente toute une génération, c’est vraiment génération Y à fond, et je trouve que c’était important de tamponner le film avec ça. Il y a d’autres sons, comme Saudade de Cesária Évora qui était très important pour moi, mais qui n’a pas de rapport. Et après, c’est Jimmy Whoo qui a fait toute la bande son. System Of A Down, pour moi, il fallait rappeler qu’à l’époque, le skate c’était punk rock.

Il y a des skateurs et des vidéos qui t’ont profondément marqué quand tu étais plus jeune ?

Franchement, je pense que la Flip Sorry et la Flip Really Sorry, ça a été un vrai pont. À l'époque, tu ne pouvais les télécharger que sur Kazaa, Limewire… tout ça. Du coup, tu les prenais, et tu ne savais pas ce que tu allais avoir. Ces vidéos-là, c’est Spike Jonze qui les fait, et il faisait aussi des longs métrages (c’est Fred Mortagne qui a réalisé Flip, mais Spike Jonze a sorti d’autres vidéos iconiques à l’époque comme Girl - Yeah Right! N.D.L.R). Un jour, par hasard, je suis tombé sur des films de lui, et je n’ai pas compris, j’ai buggé… pour moi, c’était un mec qui faisait des vidéos de skate. Les vidéos avaient des noms de code à la con genre “flip.really.sorry.h264.jesaispasquoi”… tu galérais à trouver les liens, et je suis tombé sur Dans la peau de John Malkovich, j’avais grave kiffé.

J’ai fait une recherche skate par mot-clef, j’ai vu Kids de Larry Clark, et j’ai pris une grosse grosse claque. C’est là où j’ai commencé à vraiment aimer le cinéma d’auteur, à m’y intéresser, à vouloir aller à la fac à Bordeaux… parce que je sentais que même quand je filmais du skate, ça me saoulait de “juste filmer du skate”. Ce qui m’intéressait, c’était de monter, trouver la bonne musique, un petit effet. Dans les vidéos de Spike Jonze il y a toujours ça, dans les deux flips ou même dans Lakai - The Fully Flare! il cherche des trucs de raccord, des effets…

Comment est-ce qu’on se sent à quelques jours de la sortie de son premier film en tant que réalisateur ? Comment gérer le stress ?

En fait, on a eu tellement de galères sur ce film… Déjà, j’ai commencé le film dans un très mauvais état, je venais de me séparer de ma meuf avec qui j’étais depuis des années, j’ai commencé le film très mal. Après on a tourné, la boîte de prod et la boîte de distrib ont coulé, donc le film a failli ne jamais sortir. On a été récupérés après par un autre distrib, donc on a raté tous les gros festivals. On a été pris à la repêche par Angoulême, grâce à ça on eu un bon succès, on a trouvé un distributeur qui est Wayna Pitch. Et après, vu que c’était un petit distributeur, j’ai rassemblé une équipe de potes qui ont aimé le film, et on a récupéré toute la partie événementielle de la distrib, et là on fait un gros Ollie Tour. Dans chaque ville, on arrive, on fait un cash for tricks avec le film après. Je pense qu’on est sur un concept qui n’a jamais été fait en France, une espèce d’énorme tournée de skateurs qui va dans chaque cinéma, on fait 45 dates en tout.

Pour répondre à ta question, je suis fatigué parce que ça a mis des mois à tout organiser, et le matin j’écris mon prochain film donc mon cerveau est un peu partagé. Stressé… on en parlera plus dans un mois, parce que le film sort le 21 mai. Les avant-premières commencent ce samedi, mais c’est rock : tu arrives dans une ville, tu fais tes trucs, tu installes les modules, tu discutes, tu présentes ton film, tu répètes 40 mille fois la même chose, tu repars le lendemain… Par contre, ouais, une semaine avant la sortie du film, je vais stresser. Un film comme le mien, de base, il est attendu entre 5000 et 15000 (entrées N.D.L.R) vu les résultats du cinéma depuis quelques années. Moi, j’espère qu’avec ce qu’on a fait, on va faire beaucoup plus, il y a un vrai engouement autour des films sur la campagne comme La Pampa, Vingt Dieux… Si on dépasse les 30 000 entrées, je sais que mon prochain film, il se fait de suite. Quand on m’en parle, j’ai le stress, mais je ne veux pas y penser. Je donne tout, je bosse comme un branque, j’organise tout, et je me dis : “à la fin, si au pire on ne fait que 5 000 entrées et qu’on s’est foiré, c’est que le film ne devait pas exister au cinéma et j’aurais tout donné.”

Pour découvrir cette œuvre, à la fois lettre d’amour pour le skate et fresque sociale, rendez-vous dans les salles à partir du 21 mai.