Le nouveau jeu vidéo battle royale Apex Legends d'Electronic Arts connaît un succès étonnant.
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Le phénomène Apex Legends

Sorti sans communication préalable, Apex Legends connaît un succès aussi étonnant que foudroyant. Focus sur le raz-de-marée vidéoludique de ce début d’année.
Écrit par Kere
Temps de lecture estimé : 7 minutesPublished on

Surprise !

Début février, des rumeurs se propagent sur la toile. Rien de neuf sous le soleil. Elles concernent Electronic Arts et Respawn, le studio derrière la série Titanfall. On évoque dans un premier temps un troisième opus à sa célèbre saga, mais les fans comprennent vite que leurs titans ne sont pas amenés à sortir de leur hangar pour le moment. Il y a des fuites. Respawn travaille plutôt sur un mystérieux Battle Royale, mode de jeu incroyablement tendance depuis deux ans. Call of Duty et Red Dead Redemption 2 s’y sont mis, alors pourquoi pas Respawn ? Le nom d’Apex Legends fuite. S’agit-il d’un battle royale avec des titans ? Très vite, le voile est levé le 4 février, EA présente son nouveau jeu sur Twitch et, oh surprise, il est déjà disponible !
Apex Legends est gratuit et débarque sur PC, PS4 et Xbox One. Ceux qui ont suivi l’affaire ne se font pas prier pour s’essayer au jeu. Beaucoup diront qu’ils ont réinstallé Origin pour l’occasion. En quelques heures, le jeu se fait un trou sur les réseaux sociaux et se propage, séduisant de plus en plus de curieux. Huit heures après son lancement, Apex a déjà attiré un million de joueur. Le début de la folie, largement relayée sur Twitter.

Un démarrage hallu … attendez la suite … attendez la suite … cinant !

Depuis ce fameux 4 février, le phénomène Apex Legends ne cesse de grossir, et de surprendre. Une journée après sa mise en ligne, le jeu compte 2.5 millions d’utilisateurs avec un pic à 600 000 joueurs simultanés. Le jeu est largement en tête des vues sur Twitch, réalisant trois fois l’audience du jeu d’Epic Games qui attend sa nouvelle saison pour s’offrir une nouvelle jeunesse. League of Legends est également dépassé. Sur les réseaux sociaux, de nombreux gros streamers spécialisés dans les battle royale, les FPS ou Overwatch, font les yeux doux au titre d’EA. D’autres voient Apex disparaître aussi vite qu’il est apparu et apportent leur soutien à leur jeu de prédilection. La mer est agitée.
Le jeu vidéo battle royale Apex Legends d'EA est gratuit et disponible sur PC, PS4 et Xbox One.

Time to drop

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En 24 heures, Apex a fait beaucoup de dégâts chez la concurrence et a déjà redistribué les cartes. Le message est clair : dorénavant, il faudra faire avec lui. Loin d’être prêts, les rivaux réagissent. Le 5 février, le mot-clé “Apex Legends” sur Google renvoie en premier résultat sur le client de son concurrent direct. La toile s’en amuse et Apex continue de se faire connaître, “l’effet Streisand”. Quatre jours après sa sortie, le jeu compte 10 millions de joueurs. Ils seront 25 millions trois jours plus tard, avec un pic à 2 millions simultanés ! Bluffant.
Apex Legends a donc connu une semaine de lancement absolument parfaite et totalement inattendue. Sur Twitch, le jeu a écrasé la concurrence, avec 31,7 millions de vues en une semaine selon TEO Analytics, soit 18 millions de plus que le jeu d’Epic Games, le plus gros perdant dans l’affaire. La communication autour du jeu est alors intense. Les développeurs répondent aux nombreuses sollicitations de la communauté, évoquant dans la hâte le futur du jeu, des ajouts dans la boutique, des possibles modes solo et duo. De nombreux sites spécialisés s’adaptent en urgence à cette nouvelle mode. Les streamers ne lâchent plus le jeu et certains parlent déjà d’une possible réorientation vers le titre d’EA. La question de l’esport est également posée. Des tournois arriveront vite, alors que de grandes LANs et autres événements sont sollicités pour accueillir le jeu, comme la Gamers Assembly par exemple.
Apex Legends : Une des légendes achetables dans la boutique du jeu vidéo battle royale d'EA.

Une des légendes achetables dans la boutique

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Un lancement historique et une communication qui fait mouche

On manque de superlatifs pour évoquer cette première semaine d’Apex. Avions-nous déjà connu phénomène vidéoludique aussi fulgurant ? Difficile de comparer tant l’arrivée d’Apex est différente de celles des précédentes bombes. GTA V s’appuyait sur une large communication et la renommée de sa saga et de son éditeur. Il en va de même pour le carton de ces derniers mois, Super Smash Bros Ultimate. PUBG s’est construit sur plusieurs mois, League of Legends en plusieurs années. Finalement, deux jeux peuvent être cités ici, dans un tout autre registre et un autre support, le mobile. Il s’agit bien évidemment de Clash Royale et de Pokemon Go qui avaient su faire trembler le monde du jeu vidéo en des temps records.
Outre les chiffres impressionnants qui témoignent du succès du jeu, c’est aussi la stratégie d’Electronic Arts qui fait parler. L’éditeur américain a signé un sans faute largement souligné, avec un choix initial très audacieux, celui de ne pas annoncer le développement du jeu et son arrivée prochaine. Ce n’est pas une première. Il arrive, lors de l’E3 notamment, qu’un éditeur sorte immédiatement un jeu tout juste annoncé. Il s’agit souvent de petits jeux indé, de remasters ou de DLC. Là, personne n’avait vu Apex venir et la surprise aurait été encore plus fulgurante sans ces fuites.
Le jeu vidéo battle royale Apex Legends d'EA a connu une semaine de lancement absolument parfaite.

Un démarrage historique

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Cette stratégie a été finement calculée, apportant deux avantages considérables : surprendre et éviter le démontage en règle sur les réseaux sociaux. EA craignait, à juste titre, qu’une annonce classique offre le temps nécessaire aux joueurs de se cultiver de solides aprioris. “Encore un battle royale ?” “Sur Titanfall… ?”, “Encore une future machine à fric”, etc. Là, le jeu était déjà dispo, gratuitement, l’opportunité de l’essayer avant de se faire un avis.
Le calendrier n’est pas à ignorer. Apex est arrivé dans une semaine gaming plutôt calme où il pouvait aisément se faire une place. Une semaine plus tôt, et Apex aurait probablement eu une visibilité moindre, Kingdom Hearts 3 et Resident Evil 2 Remake étant à ce moment-là au coeur des attentions des joueurs sur les réseaux sociaux. Fin février et le jeu se serait cassé les dents face aux autres grosses sorties du début d’année.

Ok, mais Apex Legends, c’est quoi ?

La qualité du jeu et les nombreux retours positifs jouent aussi beaucoup dans son succès subite.
Visuellement très propre et fluide, Apex se prend immédiatement en main, du moment que vous ayez déjà joué à un FPS ou un BR au moins une fois dans votre vie de gamer. Le titre emprunte à bien des rivaux, avec une boutique similaire à celle d’Overwatch par exemple (tout en étant très discrète), et un modèle économique bien connu. Les menus sont clairs, le lancement d’une partie est intuitif, tout comme son gameplay une fois le spectaculaire drop effectué. Boosté par une musique sacrément entrainante, vous voilà sur une carte de bonne taille aux décors variés, limitée par un anneau qui se ferme avec le temps. Dans une escouade de trois, des amis ou de parfaits inconnus, vous partez à la bataille face à 19 autres triplettes dans le but d’être la dernière debout. La recette est bien connue, Apex invente peu, mais le principe de jeu en escouade est une fort belle idée. En permettant de s’appuyer sur les autres, même psychologiquement, le joueur s’enlève une certaine pression créée par le jeu solo. De plus, il permet à des joueurs plutôt mauvais, les fameux “gros noobs”, comme votre serviteur, de s’amuser comme des petits fous malgré de sérieuses lacunes.
Sorti sans communication préalable, le jeu battle royale Apex Legends connaît un succès étonnant.

Personne n'avait anticipé le succès d'Apex Legends

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Reste à savoir maintenant si Apex Legends ne sera pas lassant et s’il saura cultiver notre intérêt avec de l’ajout régulier, la prise en compte de tous les styles de joueurs (casuals et joueurs professionnels), des événements communautaires et des outils pour favoriser le stream, essentiels pour se faire une place au soleil sur le long terme.