Vainqueur de la Mountain of Hell 2019, le rider français Kilian Bron nous raconte sa victoire aux 2 Alpes.
© Kilian Bron
Bike

Kilian Bron, maître des enfers

Vainqueur de la Mountain of Hell 2018, le rider français avait rendez-vous à 3600m d’altitude, au sommet des Deux Alpes, pour dévaler 15 km de glacier d’une traite et défendre son titre. Il raconte.
Écrit par Kilian Bron
Temps de lecture estimé : 5 minutesPublished on
La Moutain of Hell ne se limite pas à un run de course. Au delà des repérages et qualifications, reprenons l'histoire depuis le dimanche matin.

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3h - Le réveil sonne, nos affaires sont prêtes pour partir à la guerre ! Les pilotes embarquent de nuit dans les cabines de la station. En route, tout est très calme... Une heure est nécéssaire pour rejoindre le front de la Mountain of Hell, placer le vélo sur la grille, avant de trouver un coin tranquille pour finir la nuit.
C'est une ambiance particulière qui se dégage au départ de la Mountain of Hell chaque année. On lit la peur et la pression sur les visages de tous les pilotes. Chacun se demande clairement ce qu'il fait ici ! Ce n'est pas le programme habituel d'un dimanche matin...
8h - Les 1000 vélos s'accumulent au sommet du glacier. Entre temps, j'ai le temps de me visualiser la piste de la Mountain of Hell en tête, en évitant de me mettre une pression supplémentaire inutile.
L'effet de groupe est stressant, il faut savoir prendre du recul pour se concentrer sur les choses essentielles, c'est à dire le run de course !
Le pilote français Kilian Bron au sommet des Deux Alpes avant de dévaler 15 km de glacier d’une traite à la Mountain of Hell 2019.

Kilian Bron à la Mountain of Hell 2019

© Kilian Bron

8h30 – Tout le monde est en grille! En ce qui me concerne, je suis placé en première ligne à la suite des qualifications de la Mountain of Hell. J'aperçois en face de moi un mur de neige damé, d'environ 1km. Mais je ne distingue pas le dernier mur raide et gelé. C'est la partie primordiale du glacier qui se referme en entonnoir avant le premier virage gauche. À cet endroit précis, nous dépasserons logiquement les 100km/h...
Derrière moi, j'aperçois 1000 pilotes hyperactifs. Autant vous dire que je préfère me retourner immédiatement avant de prendre peur !
Descendre seul est déjà un beau challenge mais quand tu y ajoutes l'effet « mass start » de la Mountain of Hell, c'est une autre histoire...
8h55 – La musique motive les troupes, le speaker fait monter la pression (et je veux maintenant rentrer chez moi... Même si ça fait un an que je l'attends, ce départ !)
8h59 – L'heure décisive approche avec un secret à partager : savoir transformer cette peur qui t'envahit en un mélange de rage et d'envie ;)
Le vélo est placé 2 mètres devant moi et je n'attends qu'une chose maintenant : foncer!
9h – Le jingle de la Mountain of Hell démarre à l'arrivée de l'hélicoptère. Mon regard est tourné vers le commissaire, et plus précisément vers ses mains qui activeront d'une seconde à l'autre la trompette de départ !
Mountain of Hell 2019 : Kilian Bron dévale les 15 kilomètres de glacier de la course de VTT aux 2 Alpes.

Kilian Bron dévale la piste de la Mountain of Hell 2019

© Kilian Bron

La minute qui précède ce départ est intense. Je pourrais détailler chaque seconde qui passe. Le bruit de la musique, de l'hélico, de mon souffle ou de mon cœur qui tape... Mes yeux rivés sur cette fameuse trompette à 50 mètres...
Tous nos sens sont en éveil ! C'est déstabilisant mais presque agréable.
De 9h à 9h30 - Je prends un start correct en laissant quelques gars passer devant. J'aime avoir des repères sur la neige et le comportement des vélos devant m'aide à anticiper les trajectoires et à corriger ma position sur le vélo.
J'approche le premier virage à 112 km/h exactement, ce même endroit où l'un des autres favoris de la Mountain of Hell,Rémy Absalon a eu moins de chance.
Les images parlent d'elles-mêmes et font froid dans le dos !
La partie basse du glacier est également piégeuse. Je me force à rester concentrer sans relachement. Il est très difficile d'anticiper à la fois les trajectoires et les vitesses d'approche sur tous ces passages, la neige est différente chaque mètre qui passe...
Malgré tout, je parviens à rester sur le vélo sans prendre de risques inutiles. Au delà des chutes, tu n'es jamais à l'abri d'une casse mécanique sur un excès de confiance.
Il faut savoir préserver son matos, quitte à perdre un peu de temps. De cette manière, tu arrives à te reposer davantage dans les parties techniques. Et logiquement, tu pédales ensuite plus fort sur les parties physiques...
Les courses en mass start sont stratégiques et c'est justement ce qui rend le format intéressant.
6 minutes après le départ, je commence à prendre mon rythme. En première position à l'issue de la première bosse, j'essaie de reprendre des forces sur les parties roulantes.
Kilian Bron, Mountain of Hell 2019, se prend en selfie avec les autres participants à l'arrivée de la course de VTT aux 2 Alpes.

Selfie de Kilian Bron avec les autres participants de la Mountain of Hell

© Kilian Bron

La concurrence est juste derrière, mais je reste à mon rythme sans vouloir faire le trou. J'ai quelques minutes pour contrôler ma respiration et piloter de manière fluide et rapide.
La grosse montée à mi-parcours est décisive. Le suisse Tim Bratschi, plus rapide sur les parties roulantes, me double juste avant et attaque sur un gros rythme.
Mais la vitesse qu'il impose en début de côte est trop soutenue. Volontairement en retrait sur la première moitié, je parviens à le doubler en évitant que les concurrents précédents ne reviennent trop vite.
J'aurai espéré une suite plus tranquille, mais deux pilotes me talonnent dans l'avant-dernière descente. Dans ces moments, c'est toujours délicat de prendre les bonnes décisions...Le choix d'attaquer en descente sous peine de tomber ou bien le choix de temporiser en roulant fluide pour privilégier le pédalage suivant. L'option 2 me plaît aujourd'hui ;)
Des bons repérages dans la dernière descente cassante et technique me permettent de compenser mon manque de fraîcheur... Comme prévu, le pédalage pour traverser la station m'a fatigué davantage que l'année dernière.
Difficile de se ressaisir en pleine descente technique sans partir à la faute, mais je n'avais clairement pas le choix pour passer la ligne d'arrivée en premier.
Merci encore à tous les participants, bénévoles et organisateurs. Cette vingtaine édition de la Mountain Of Hell était encore plus folle que les précédentes. On se donne rendez-vous l'année prochaine !