Le pilote Miguel Oliveira roule pour l'équipe Tech3, seule équipe française engagée en MotoGP.
© Red Bull Content Pool
MotoGP

Tech3, la route du succès

Elle est la seule équipe française engagée en MotoGP, mais aussi la plus ancienne écurie des championnats du monde de vitesse. Retour en 5 dates clés sur l’histoire du team Tech 3 KTM Red Bull.
Écrit par Red Bull France
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublished on

1990 : La naissance de Tech 3

Tech 3, c’est l’histoire d’Hervé Poncharal, Guy Coulon, Bernard Martignac et Didier Langouët, quatre copains qui décident de créer leur équipe de GP avant de s’installer à la fin de l’année 1989 dans le Var, à Bormes-les-Mimosas. « J’ai toujours aimé l’idée d’entreprise raconte Poncharal, leader de la bande et depuis trente ans team manager de l’écurie en question. J’ai toujours rêvé de diriger ma société. Quand j’étais gamin, je me voyais à la tête d’une épicerie. Guy, Didier, Bernard et moi avons commencé à travailler ensemble dans le team de Serge Rosset qui faisait courir Dominique Sarron en 500. On s’était connu un peu avant en se croisant dans le championnat du monde d’Endurance, j’étais alors le bras droit de Jean-Louis Guillou, le patron du service compétition de Honda France. Serge Rosset était un précurseur à une période où les Grands Prix commençaient à se professionnaliser, j’appréciais son ouverture d’esprit. Mais très vite, j’ai réalisé que nous n’avions pas la même vision. J’ai eu envie de voler de mes propres ailes, j’en ai parlé aux autres pour savoir s’ils étaient prêts à me suivre. »
Guy, Bernard et Didier ont plongé dans l’aventure, tout comme Honda France et Rothmans qui ont soutenu le projet d’engager Dominique Sarron en 1990 sur une 250 Honda NSR officielle. Malheureusement, le retour du Français dans la catégorie intermédiaire n’a pas été un franc succès. « Après son passage raté en 500, Dominique n’a jamais retrouvé ses sensations avec la 250, explique Poncharal. Il s’est aussi blessé, ce qui n’a rien arrangé. » En panne de confiance, le pilote Tech 3 termina le championnat en dixième position et laissa sa place la saison suivante à Jean-Pierre Jeandat.

1996 : la première victoire en Grand Prix

MotoGP : Le team Tech 3 a dû attendre plus de six ans pour décrocher sa première victoire en Grands Prix avec le pilote français Olivier Jacque.

Olivier Jacque au Japon en 1996

© Wikimedia Commons

S’il lui a fallu attendre plus de six ans pour décrocher sa première victoire en Grands Prix, c’est parce que le team Tech 3 a dû surmonter de très nombreuses difficultés avant de vivre de très belles saisons avec Olivier Jacque. « En 1992, nous avons été sollicités par Suzuki qui voulait revenir en Grands Prix 250, raconte Hervé Poncharal. Malheureusement, l’usine nous a imposé ses pilotes et cela s’est très mal passé avec John Kocinski. Nous avons failli plier l’équipe en 1994, ne gardant la tête hors de l’eau qu’avec l’aide de quelques fidèles. Comme un miracle, la saison suivante, nous avons mis le pied à l’étrier à Olivier Jacque. Il venait de terminer vice-champion d’Europe 250 et n’avait pas d’opportunité pour passer en Grands Prix. On a gratté les fonds de tiroir et convaincu Honda France de nous laisser un kit moteur. On a préparé une moto avec laquelle Olivier a fait des courses extraordinaires. Il a fait des première lignes, des tours en tête… Et terminé la saison avec le trophée du Rookie of the Year. » De quoi convaincre Honda de lui fournir une moto d’usine pour le championnat 1996.

Le Red Bull Original

Red Bull Energy Drink

Red Bull Energy Drink
« Cette année-là, on avait deux NSR officielle pour Jacque et Ruggia, poursuit Poncharal. Olivier a très vite mis Jean-Philippe sous l’éteignoir. Sa position sur la moto, sa façon d’utiliser la boîte de vitesses et de passer les rapports au bon moment… Olivier était fait pour la catégorie 250. » Début juillet, le Français enchaîne ses deux premiers podiums en Allemagne et en Angleterre et décroche sa première victoire au Brésil, le 6 octobre. « J’avais déjà gagné avec Dominique Sarron à l’époque où nous courions sous les couleurs Honda France, mais là c’était la première victoire du team Tech 3. Olivier avait même fait l’ouverture du journal de 20h00 sur TF1 ! Un jour inoubliable. »

2000 : le premier titre de champion du monde

L’histoire du team Tech 3 est à jamais liée à celle d’Olivier Jacque. Arrivé en Grands Prix avec l’équipe varoise, le pilote lorrain y a fait l’essentiel de sa carrière, de 1995 à 2002. C’est lui qui a offert à la bande à Poncharal sa première victoire, mais aussi ce qui reste à ce jour son seul et unique titre de champion du monde. « Ce titre, Olivier aurait pu l’obtenir dès la saison 1997 s’il avait pris les choses un peu plus au sérieux, assure le patron du team Tech 3. Il était flamboyant, mais il tombait beaucoup et s’est pas mal blessé. »
Il a fallu attendre que l’écurie française de MotoGP Tech 3 s’associe avec l’usine Yamaha et qu’arrive à ses côtés Shinya Nakano, pour qu’Olivier Jacque met enfin tout bout au bout.

Olivier Jacque et Shinya Nakano en 2000

© Getty Images

Il faudra attendre que l’équipe française s’associe avec l’usine Yamaha et qu’arrive à ses côtés Shinya Nakano pour qu’Olivier Jacque mette enfin tout bout au bout. « Les dernières saisons avec Honda avaient été compliquées, révèle Poncharal. Aussi, quand Yamaha est venu me solliciter, je n’ai pas hésité longtemps. Surtout quand j’ai compris qu’on pouvait également récupérer Shinya Nakano, un jeune pilote japonais très prometteur que nous avions eu l’occasion de voir à l’œuvre à Suzuka. Il y a eu une grosse émulation entre les deux. » Et elle a mené le Français à se surpasser, en 2000, pour décrocher le titre de champion du monde 250. « Yamaha s’était beaucoup investi pour faire progresser notre moto, et en 2000 Rossi était passé en 500… Le contexte était très favorable. Olivier et Shinya ont dominé leurs adversaires pour arriver au dernier Grand Prix d’Australie aux deux premières places du classement général. » C’est finalement le Français qui a pris l’avantage sur son coéquipier japonais à la sortie du dernier virage du circuit de Phillip Island. « Sur la grille de départ, je ne leur ai dit qu’une seule chose : “ Faites une course propre car nous travaillons avant tout pour Yamaha et il est hors de question d’offrir le titre à Katoh et à Honda.” Par bonheur, ils ont terminé premier et deuxième, Olivier décrochant ainsi le titre devant Shinya. »

2001 : le passage en classe reine

Dès le début de la saison 2000, la côte du team Tech 3 grimpe allégrement. Les performances d’Olivier Jacque et de Shinya Nakano suscitent l’enthousiasme de leurs supporters comme des ingénieurs de l’usine Yamaha. Pour Hervé Poncharal, il est temps de penser à la suite. « C’était l’occasion à ne pas manquer pour préparer notre passage en classe reine, explique-t-il. Je sentais à ce moment-là que les Grands Prix évoluaient et qu’il y avait une volonté du promoteur du championnat de mettre en avant le sommet de la pyramide. Le projet MotoGP était déjà dans les tuyaux du promoteur du championnat. »
En 2000, l’usine Yamaha aligne cinq pilotes en 500. Max Biaggi et Carlos Checa dans l’équipe officielle, Garry Mc Coy et Régis Laconi dans le team WCM et Norick Abe chez D’Antin. « Les convaincre de nous fournir deux motos de plus en 2001 n’était pas gagné, reprend le patron du team Tech 3. D’autant que les Japonais avaient envie de maintenir une structure en 250, qu’on décroche ou non le titre. » Le manager varois va néanmoins obtenir gain de cause en trouvant assez vite le financement nécessaire. « Et en terminant aux deux premières places du championnat du monde 250, Yamaha pouvait difficilement nous dire non. » C’est ainsi qu’en 2001 le team Tech 3 a fait ses grands débuts en classe reine avec Olivier Jacque et Shinya Nakano.

2020 : la première victoire en MotoGP

En 2020, Miguel Oliveira remporte la première victoire en MotoGP de l'équipe Red Bull KTM Tech 3, lors du Grand Prix de Styrie le 23 août 2020.

Miguel Oliveira, vainqueur en Autriche

© Gold & Goose/Red Bull Content Pool

Hervé Poncharal en convient, cette première victoire en MotoGP, signée Miguel Oliveira le 23 août 2020 lors du GP De Styrie, ni lui ni les siens ne l’attendaient : « C’est vrai, je m’étais résigné. A un moment donné, c’était devenu pour moi quelque-chose qui n’arriverait jamais. J’enviais Lucio Cecchinello pour ses succès avec Cal Crutchlow… On avait bien failli gagner en 2017 et en 2018 avec Johann Zarco, mais en signant avec KTM pour un projet en développement, je ne l’espérais plus. Le choc est d’autant plus grand. »
Pour autant, le patron du team Tech 3 garde les pieds sur terre. « Je sais bien qu’on ne va pas faire ça tous les week-ends, mais pour revivre un moment pareil, je suis prêt à continuer encore longtemps. »