Musique
Faut-il vraiment encore expliquer ce qu’est la trap en 2020 ? Déjà dix ans qu’on entend les roulements de hats qu’on doit à la popularité du style de Lex Luger – quinze si on pense aux ébauches nées à Atlanta sur les projets de T.I. ou de Young Jeezy. En mettant les pieds dans les clubs au cours de la décennie qui vient de passer, on a dépensé toute notre énergie sur « Hard In Da Paint » de Waka Flocka, « Versace » de Migos, et plus récemment sur « Hot » de Young Thug. La trap américaine a eu un retentissement mondial, et ses grands hits en France, comme l’incontournable « Zoo » de Kaaris.
Ce n’était sans doute pas à ça que pensait Didier Dambrin, alias Gol, le génial ingénieur belge à qui l’on doit la création d’un des logiciels de musique assistée par ordinateur les plus connus : FL Studio. À l’origine, dans les années 1990 l’idée était de créer un jeu vidéo, une fameuse version de Tetris avec une image érotique en fond. Puis une autre idée de jeu un peu musical est née. Cette première version de Fruity Loops a posé les bases pour ce qu’est devenu, une dizaine d’années plus tard l’un des logiciels référence de la production musicale mondiale. Ce qui fait le succès de FL Studio, c’est son accessibilité (nombreux sont les producteurs qui l’ont pris en main car ils ont su le cracker), et sa maniabilité (comme il est pensé comme un jeu, il est très facile à prendre en main).
La trap est devenue le standard de la production musicale, dépassant largement les frontières pour imposer la nervosité de ses hi-hats et l’agressivité de ses grosses basses dans le reste des genres (le tube pop « Dark Horse » de Katy Perry fait de Juicy J le deuxième rappeur le plus vu sur YouTube de l’Histoire de la plateforme). Le style s’est précisé à mesure des années, incarné tour à tour par Young Chop, Mike Will, Metro Boomin ou Murda Beatz. Les synthés sont restés menaçants, et les tempos, généralement autour de 70 BPM avec des éléments rythmiques jouant à 140 n’ont cessé de se renouveler jusqu’à devenir le son signature avec la plus grande longévité de l’histoire du rap. Comme il est facile à dupliquer, le style trap est devenu un véritable standard de la production, et ainsi un basique de la production de « type beats » – ces « instrus à la manière de » reproduisant le style d'autres artistes.
Ce sous-genre est si protéiforme qu’il permet à de nombreux artistes de s’essayer à le distordre à leur façon. C’est ainsi que Tsew the Kid a été invité à se challenger sur une production qui tire sur les pendants les plus langoureux et aérés du genre. La lenteur du tempo peut parfois appeler à des accents très R&B qui fonctionnent parfaitement avec le style de la jeune star d’origine madagascaraise. La trap, c’est le tee-shirt blanc de la musique moderne : tout le monde en a un, tout le monde est capable de le porter, tout le monde comprend de quoi il s’agit. Même plus besoin d’expliquer.