La Française Nouria Newman fait du kayak devant un arc-en-ciel créé par une chute.
© Carl Zoch
Kayak

Quand Nouria Newman imagine une expédition parfaite

La bonne rivière, le décor parfait, la chute idéale… On a demandé à la kayakiste française Nouria Newman de nous décrire un trip de rêve.
Écrit par Red Bull France
Temps de lecture estimé : 7 minutesUpdated on
Chutes de plus de 30 mètres, rapides sauvages, expéditions mémorables : pour accomplir tout ce qu’elle a accompli au fil de sa folle carrière - retracée dans le documentaire Wild Waters, disponible sur Red Bull TV - Nouria Newman a dû aller littéralement au bout de certains de ses rêves. Mais heureusement, il lui en reste, et nous lui avons donc demandé de nous donner les ingrédients d’une virée idéale. Spoiler : le résultat fait très envie.

1 h 26 min

Wild Waters

Des bassins olympiques aux rivières sauvages, découvrez la vie de la kayakiste la plus douée de sa génération dans le film Wild Waters sur Nouria Newman.

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Le décor parfait

Alors je dirais plutôt des montagnes parce que je sors d’une expédition dans la jungle un peu dure. J’ai donc envie d’un environnement minéral, sans araignées et sans serpents (rires). Après, j’aimerais quelque chose d’alpin, mais nous avons mis des barrages partout en Europe et il n’y a plus grand-chose d’intéressant pour le kayak. Donc je verrais plutôt quelque chose du côté de l’Himalaya. Tu peux trouver à la fois des rivières techniques et maneuvrières, comme dans l’arc alpin, mais également de beaux volumes et du débit parce que les eaux changent. On peut donc avoir un peu de tout. L’exercice d’imagination est compliqué pour moi, car je pense nous devons restés connectés à nos réalités. On ne peut pas nier le changement climatique et les difficultés qu’il engendre.
Heureusement, il y a l'Indus

Heureusement, il y a l'Indus

© Ali Bharmal/Red Bull Content Pool

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Les conditions parfaites

Dans le meilleur des mondes, il ne ferait ni trop chaud, ni trop froid. Mais dans les faits, ça n’existe pas. On est souvent sur des régimes de pluie ou de fonte. Mais quitte à choisir, je partirais sur une période de fonte pure, plutôt au printemps.
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La marche d’approche parfaite

Marcher avec un kayak lourd, c’est horrible. Ce n’est pas bon pour ton corps et je m’en passerais volontiers. Mais c’est nécessaire, et je le fais pour vivre des expériences incroyables. Et puis, tu peux trouver une certaine satisfaction dans la souffrance. Notamment quans tu arrives à progresser malgré les difficultés. Ce qui est intéressant, c’est l’ensemble du parcours qui te mène à la rivière. L’avion, la rencontre avec les gens d’une ferme pour prendre des chevaux, une discussion avec un pêcheur qui peut t’amener au bon endroit en bateau ou venir te chercher. Et tout ça va d’ailleurs bien au-delà du kayak. Il ne faut pas être juste bon(ne) sur l’eau, mais aussi savoir trouver des solutions aux problèmes qui se succèdent.
Nouria Newman marche avec son embarcation lors d'une expédition en kayak en Equateur.

Marche d'approche en Equateur

© Avery Stolte

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La rivière parfaite

Elle aurait un bon débit, des rapides durs mais propres et peu de dangers. C’est-à-dire peu d’arbres, de typhons et d’embâcles (des amoncellements de glace ou de bois qui obstruent le lit d’un cours d’eau, ndlr.). Je la vois dans un canyon, également, parce que tu n’as pas de point de sortie et tu dois t’y engager complètement. C’est hyper fort. Sinon, niveau obstacles, je me passerais bien de ceux qui te tuent si tu rates un coup de pagaie. Mais certains adorent, hein. Ça dépend des profils.
Je pense que la solution va être, de plus en plus, de revenir à un mode de vie un poil plus simple.
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La chute parfaite

Elle est propre, déjà. Tu n’as pas de rochers ou de petits virages avant. On parle vraiment d’une cassure nette. Et d’un débit suffisamment important pour que la réception soit bien aérée, avec de grosses bulles pour ne se faire trop mal au dos au moment de l’impact. Et sinon, il faut une belle vue. Quand, au moment de basculer, les rayons de soleil passent dans l’écume et que tu as des arcs-en-ciel un peu fous… C’est génial. Et ça arrive souvent !
Nouria Newman descend une chute en kayak lors d'un tournage en France.

Vous faisiez quoi ce jour-là, vous ?

© Carl Zoch

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L’enchainement parfait

Il y a deux types de mouvements plus satisfaisants que les autres. Le premier, c’est un saut qu’on appelle le « boof ». Tu prends de la vitesse, tu tires et tu fais décoller le bateau avant d’atterrir plus bas… Dans mon expédition idéale, il y en aurait plein !
Sinon, j’aime aussi les vagues qui te permettent de décoller aussi ou de prendre de la vitesse. Mais il ne faut pas nécessairement qu’elles soient très droites. Comment les fonds de rivières sont parfois un peu étranges, on voit parfois des vagues un peu obliques qui te permettent de jouer un peu et d’avoir de bonnes sensations.

20 minutes

Nouria Newman, extrême Islande

Nouria Newman est partie conquérir les chutes d'Islande pour son dernier trip en kayak. Retrouvez en vidéo l'aventure folle de Nouria Newman en Islande, qui ne s'est pas toujours passée comme prévu !

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Le matos parfait

Alors on peut jouer la carte futuriste, se dire qu’on aurait un drone avec un crochet pour emmener le bateau où on veut, mais personnellement, je ne crois pas forcément à l’amélioration par la technologie. Je pense que la solution va être, de plus en plus, de revenir à un mode de vie un poil plus simple.
Un kayak Waka Steeze et une pagaie Werner ; un sac étanche, un gilet de sauvetage Greenjacket pour la flottaison, une jupette Immersion Research, des chaussures Astral.

Le matos de Nouria

© Erik Boomer

Cela dit, je développe des choses avec certaines marques, comme Astral. Nous sommes par exemple constamment en train de mener des recherches sur de nouvelles chaussures. On se dit « tiens, celle-là glisse un peu sur les chemins boueux, par contre elle est bien sur les rochers mouillés »… Ce genre de choses. Par ailleurs, je travaille également sur des combinaisons étanches. Benny (Marr, avec qui Nouria mène certaines expéditions, ndlr.) est notamment en train de mettre au point un gilet de sauvetage avec plus de flottaison pour les grosses rivières. C’est plutôt cool… et intéressant d’avoir son mot à dire et ne pas se contenter de porter le vêtement !
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Le kayak parfait

Tout dépend de la rivière. Avec Waka, j’ai la chance d’avoir un large choix de bateaux. J’alterne donc entre quatre kayaks très différents, auxquels s’ajoute mon bateau de slalom, que j’aime bien reprendre de temps en temps. J’en ai un qui s’appelle OG, qui a un très gros volume et que j’utilise quand ça devient dur, parce qu’il m’apporte un peu de sécurité. Mais au quotidien, sur ma petite rivière, j’en prends un autre plus fin. D’autres vont me servir pour les chutes ou pour les rapides durs… je m’adapte.
À l’avenir, nous aurons besoin de compétences dans différents sports, même si le kayak restera le nerf de la guerre. Et ça me fait vraiment envie !
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Le campement parfait

Peut-être Wolf Track, sur la Stikine, parce que tu y vois souvent des empreintes de loups, qui aiment aussi l’endroit parce qu’il est dément. À cet endroit, la rivière est un peu plus calme, tu as une petite plage idéale pour remonter le kayak facilement, et s’il fait beau, tu peux te baigne ou te laver. En hauteur, tu as des falaises surplombantes où le sol est plat. Tu n’as pas de rochers, pas de graviers, c’est de la terre parfaite et tu es à l’abri de la pluie. Tu peux donc y faire un petit feu, et tout le monde peut s’y mettre à l’abri. Et tu n’as pas besoin de beaucoup marcher pour aller chercher de l’eau !
La kayakiste Nouria Newman se réchauffe pendant une expédition en Patagonie.

Nouria, loin des loups, près du feu

© Erik Boomer/Red Bull Content Pool

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Les partenaires parfaits

Déjà, je pense qu’il en faut entre 3 et 5 maximum. Sinon, la moindre prise de décision devient difficile. Ensuite, il faut évidemment des gens que tu aimes et connais bien. Parce que tu te rends compte que même ça, ça n’est pas suffisant dans les situations difficiles. Il faut donc qu’il s’agisse de gens qui t’apprécient dans tes pires moments… et que tu apprécies dans leurs pires moments. Sans oublier, bien sûr, qu’il faut pouvoir leur faire totalement confiance dans l’eau.
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Le moyen de locomotion parfait (hors kayak)

Alors, on parlait de chevaux tout à l’heure, et pour commencer, je dirais que dans mon expédition idéale, il n’y en aurait pas ! Et ce pour la simple et bonne raison que ça me terrifie depuis me suis fait mordre par un poney quand j’étais petite. Mais je me force quand il le faut hein, en prenant bien soin de demander un cheval gentil. Après coup, j’aime bien l’avoir fait, par contre. Mais ça me demande une énergie folle.
Ensuite, pour les accès, tu as deux options. Celle, d’abord, des gros moyens, avec l’hélico, en mode gangster. Mais ce n’est pas un truc que j’ai envie de faire. J’ai déjà assez mauvaise conscience avec mon mode de vie… donc j’aimerais faire un peu mieux. Notamment en complexifiant les approches et en faisant des choses hors du commun. Cela pourrait passer, par exemple, par des traversées de glaciers en traînant les bateaux. À l’avenir, nous aurons besoin de compétences dans différents sports, même si le kayak restera le nerf de la guerre. Et ça me fait vraiment envie !
La championne du monde de kayak extrême Nouria Newman regarde une chute pendant une expédition kayak en France.

Nouria et le meilleur ami des (vrais) aventuriers

© Carl Zoch

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Le repas parfait

De la bonne bouffe, tout simplement… Mais aussi du chocolat et des bonbons !

Fait partie de cet article

Nouria Newman

La kayakiste française Nouria Newman, vice-championne du monde de kayak extrême en 2016, s'est aventurée en solitaire dans l'Himalaya en 2018 avant une expédition en Patagonie en 2019. Entre autre.

Wild Waters

Des bassins olympiques aux rivières sauvages, découvrez la vie de la kayakiste la plus douée de sa génération dans le film Wild Waters sur Nouria Newman.

1 h 26 min