Surf
Vagues de Tenerife : chasse aux big waves aux Canaries
Les surfeurs pros Laura Coviella et Ben Larg, accompagnés d'Amy Woodyatt, journaliste au Red Bulletin, partent à la poursuite des vagues de rêve à Tenerife – et découvrent une île pleine de surprises.
Lors d'un récent voyage à Tenerife, la surfeuse espagnole Laura Coviella, du genre à tout envoyer, et le jeune espoir britannique Ben Larg, ont emmené Amy Woodyatt, journaliste au Red Bulletin, à la recherche des plus grosses vagues du nord de Tenerife. Voici ce qu'Amy a vu et retenu de ces quelques jours inoubliables aux Canaries. Récit.
Les grosses vagues appartiennent à ceux qui se lèvent tôt
Les vagues de Punta del Hidalgo m'impressionnent. On les entend bien avant de les voir : la pulsation régulière de l'eau qui déferle, ponctuée par le fracas des galets que la marée arrache à la rive pour aussitôt les rendre à la péninsule nord de Tenerife.
C'est notre troisième journée sur la plus grande des Canaries, et nous partons en quête de vagues XXL. Nous traversons des cols de montagne, longeons un patchwork de bananiers, d'avocatiers et de dragonniers, direction les plages de sable noir du nord. Les conditions sont parfaites. Les pros Laura Coviella, une locale, et l'Écossais Ben Larg, de passage sur l'île, se jettent à l'eau avec leurs planches avant que la houle ne commence à faiblir.
Laura Coviella s'est fait une place au sein de la communauté du surf libre
© Gines Diaz/Red Bull Content Pool
À propos de Laura Coviella : une surfeuse tout en fluidité, sans peur du danger
À l'ombre des falaises imposantes de Bajamar, ils rament au large et se transforment vite en deux minuscules points sur l'immensité bleue. Laura et Ben partent à la chasse aux barrels, ces tubes qui se forment quand la vague se referme au moment de casser.
La mission commence aux aurores. Pour Ben, qui surfe depuis toujours, se lever tôt est une routine. Il a grandi sur l'île écossaise de Tiree, a commencé le surf dans les eaux glacées de son pays natal à deux ans, et à 16 ans il domptait déjà les monstres de Nazaré.
Aujourd'hui, à 21 ans, il voyage presque en permanence – toujours à l'affût des vagues idéales pour s'entraîner. Ces derniers temps, on l'a croisé au Portugal et à Lanzarote. Tenerife, en revanche, garde encore pour lui des eaux inexplorées. « Ça faisait une éternité que je n'étais pas allé dans un endroit complètement nouveau », lance-t-il pendant que l'on se prépare à l'action.
Ben Larg : le gamin qui a dompté les monstres de Nazaré à 16 ans
Portée par l'adrénaline
C'est Laura Coviella qui a invité Ben Larg à tester les spots variés de l'île. La surfeuse de 27 ans a fait ses premières armes sur la plage venteuse d'El Médano, à Tenerife, avant de passer pro. « J'ai toujours adoré l'adrénaline », lance-t-elle en souriant, tout en chargeant sa planche dans notre minibus de location. « Quand j'ai compris que l'adrénaline et le surf allaient ensemble, je me suis dit : ok, c'est exactement mon truc. »
Laura vit désormais sur l'île voisine de Lanzarote — l'une des destinations phares parmi les meilleurs spots de surf d'Espagne — et connaît sur le bout des doigts les nombreux spots de la région. Grâce à un climat doux toute l'année, les eaux limpides de Tenerife sont considérées comme parfaites pour les débutants. Mais les pros y trouvent aussi leur bonheur. À l'occasion, les vagues montent jusqu'à six mètres. « Les grands jours, on voit le surf directement depuis la côte », me raconte Aki, le compagnon de Laura, au petit matin, alors que l'on grimpe dans le van pour rejoindre le reef break de Punta del Hidalgo, à 45 minutes de route.
Entre deux spots, on prend le temps de mesurer les contrastes de Tenerife. L'héritage volcanique de l'île saute aux yeux dès qu'on longe la côte sud, avec ses strates de roches noires empilées les unes sur les autres. Au nord, on se croirait dans un autre pays : plantes grasses, fougères et arbres surgissent de falaises abruptes, et les sommets des montagnes disparaissent dans les nuages. « La beauté de l'île, c'est pour ça que j'ai toujours plaisir à rentrer », me confie Laura.
Le repérage paie
Laura avait eu vent que de belles séries étaient attendues le lendemain dans le nord de l'île. En contemplant l'Atlantique par-dessus les falaises spectaculaires de Punta del Hidalgo, on a compris que son flair pour lire l'océan avait vu juste. Depuis le promontoire volcanique noir, sous les embruns qui viennent me fouetter, j'observe Ben Larg évoluer dans son élément, plongeant sous vague après vague pour se mettre en position. Quand une vraiment grosse arrive vers lui, il rame comme un fou, se lève, disparaît un instant dans un tube d'un mètre de haut, puis en ressort en glisse, triomphant.
Quelques instants plus tard, il refait surface. « T'as vu ça ? », lance-t-il avec un demi-sourire. Même si ce n'était pas la vague la plus grosse de sa vie, la satisfaction est là. « Parfois, ce sont les sessions comme aujourd'hui qui font le plus plaisir », dit-il. « On a la sensation d'avoir trouvé et surfé les meilleures vagues du moment. Ça veut dire qu'on a tout fait comme il faut ! »
Infos pratiques pour un voyage à Tenerife
Tenerife, la plus grande des Canaries, se trouve à environ 300 km au large de la côte ouest du Maroc. L'île compte deux aéroports : Tenerife Nord et Tenerife Sud. Ceux qui aiment l'adrénaline mais ne se voient pas sur une planche peuvent se tourner vers le parapente, le kayak ou la randonnée. Pour ceux qui préfèrent décompresser, la visite du centre historique de San Cristóbal de La Laguna (classé au patrimoine mondial de l'UNESCO) ou une soirée d'observation des étoiles dans le parc national du Teide s'imposent.
FAQ
Quelle est la meilleure période pour surfer à Tenerife ?
Tenerife est surfable toute l'année, mais les conditions varient selon la saison :
Hiver (novembre – mars) : la haute saison surf Les dépressions atlantiques génèrent des houles puissantes et régulières sur les côtes nord et ouest. C'est la période la plus cohérente pour les surfeurs confirmés en quête de grosses vagues. Hauteurs de vagues jusqu'à 4-6 m sur les spots exposés. Eau entre 18°C et 20°C — combinaison 3/2 mm à 4/3 mm.
Automne (octobre) : la fenêtre idéale Début de saison avec des houles croissantes, moins de monde que l'hiver, et encore de belles journées ensoleillées. Excellent compromis entre conditions surf et confort météo.
Printemps (avril – mai) : conditions variables Les houles s'atténuent. Bonnes sessions possibles, mais moins de régularité. Idéal pour les intermédiaires qui veulent progresser sans pression.
Été (juin – septembre) : saison débutants et glisse de vent Les houles atlantiques s'estompent. Les vagues sont plus petites, meilleures pour débuter ou progresser. C'est la saison reine du windsurf et du kitesurf à El Médano, portée par les alizés constants. Eau entre 22°C et 24°C — shorty ou boardshorts.
Pourquoi les surfeurs vont-ils à Tenerife ?
Tenerife est l'une des destinations surf les plus régulières d'Europe. Sans plateau continental pour absorber l'énergie des houles atlantiques, l'île reçoit des vagues puissantes et fréquentes sur ses côtes nord et ouest d'octobre à mars. La température de l'eau reste entre 18°C et 24°C toute l'année — ce qui en fait l'une des rares destinations européennes où l'on surfe en combinaison légère en plein hiver. La diversité des spots (beach break, reef break, point break) attire aussi bien les débutants que les surfeurs confirmés. Et la variété des glisses — windsurf, kitesurf à El Médano, surf de grosses vagues dans le nord — complète l'attrait de l'île. Pour ceux qui se demandent si les piscines à vagues peuvent rivaliser avec l'océan, la réponse est à Tenerife.ife.e.
Quels sont les meilleurs spots de surf à Tenerife ?
Tenerife offre des spots pour tous les niveaux :
- Playa de Las Américas (côte sud) : le spot le plus fréquenté de l'île, avec plusieurs reef breaks accessibles à tous niveaux et une concentration de surf camps et d'écoles de surf.
- El Médano (côte sud) : beach break idéal pour les débutants et intermédiaires, capitale du windsurf et du kitesurf à Tenerife.
- Playa del Socorro (côte nord) : beach break puissant, l'un des plus réguliers du nord, réservé aux intermédiaires et confirmés.
- Bajamar et Punta del Hidalgo (côte nord) : reef breaks avec des gauches longues et creuses, favoris des surfeurs locaux. C'est ici que Laura Coviella et Ben Larg ont chassé les barrels dans cet article.
- Puerto de la Cruz (côte nord) : base idéale pour accéder à plusieurs spots du nord, dont El Socorro et Bajamar.
- Punta Blanca (nord-ouest) : reef break avancé, vagues puissantes réservées aux experts.
Conseils pratiques pour surfer à Tenerife
- Surfez tôt le matin — Les alizés arrivent chaque après-midi (généralement à partir de 11h-12h), rendant la plupart des spots impraticables pour le surf classique. Les meilleures sessions se font entre 7h et 10h.
- Louez une voiture — Les meilleurs spots du nord (Bajamar, Punta del Hidalgo, El Socorro) sont à 45-50 minutes des resorts du sud. Indispensable pour chasser les vagues sur plusieurs côtes.
- Consultez les prévisions avant de partir — Les fenêtres de houle à Tenerife sont précises. Surfline, Magic Seaweed ou Gonna.surf couvrent bien l'île. Pour aller plus loin, consultez notre guide pour comprendre les prévisions météo en surf.
- Respectez les locaux — La communauté surf est soudée, particulièrement sur les reef breaks. Attendez votre tour, ne snakez pas les vagues, et souriez.
- Combinaison recommandée : 3/2 mm à 4/3 mm en hiver, shorty ou boardshorts en été. Les reef breaks du nord justifient des chaussons pour les pieds.
- Niveau minimum pour le nord : intermédiaire. Les reef breaks de Bajamar et Punta del Hidalgo sont puissants, avec des courants forts sur les grands jours. Si vous visez les plus grosses séries, consultez nos conseils pour progresser en surf de gros avant de vous lancer.
Quels sont les 3 types de vagues à Tenerife ?
À Tenerife, trois types de déferlante façonnent la pratique du surf :
- Beach break : vague qui déferle sur un fond de sable. Plus douce et idéale pour les débutants. El Socorro et El Médano en sont de bons exemples. On retrouve ce type de break à Las Américas pour les sessions d'apprentissage.
- Reef break : vague qui déferle sur un récif de lave ou de corail. Plus creuse et puissante, souvent réservée aux surfeurs expérimentés. C'est le type dominant à Tenerife, notamment à Bajamar, Punta del Hidalgo et Las Américas (reef break).
- Point break : vague qui déferle le long d'une pointe rocheuse, créant des vagues longues et régulières. Plus rare sur l'île, mais très recherchée des surfeurs confirmés.
Comment se forment les vagues de la mer à Tenerife (Îles Canaries) ?
Les vagues à Tenerife résultent de la combinaison de trois facteurs :
- 1. La houle de l'Atlantique Nord En automne et en hiver, de puissantes dépressions se forment entre Terre-Neuve et l'Islande. Ces tempêtes génèrent une houle longue et régulière qui voyage sur des milliers de kilomètres jusqu'aux Canaries. Pour bien lire ces conditions avant une session, consultez notre guide pour comprendre les prévisions météo en surf. Tenerife ne possède pas de plateau continental large : l'énergie arrive donc pratiquement intacte sur les côtes nord et ouest de l'île, créant les vagues les plus puissantes (parfois jusqu'à 6 mètres).
- 2. Les alizés du nord-est Une grande partie de l'année, des vents de nord-est constants (les alizés) soufflent sur les Canaries à 15–30 km/h. Ils créent des vagues de vent locales, plus courtes et moins régulières que la houle, mais qui entretiennent une activité surf quasi-permanente sur les côtes exposées. Ces mêmes alizés font d'El Médano l'un des spots de windsurf et de kitesurf les plus réputés au monde.
- 3. Le relief volcanique de l'île Tenerife est une île volcanique aux fonds marins accidentés : récifs de lave, pointes rocheuses, plages de sable noir. Lorsque la houle rencontre ces reliefs sous-marins, elle ralentit, se soulève et déferle — créant des vagues dont la forme et la puissance varient d'un spot à l'autre. Les côtes nord et ouest reçoivent les houles les plus directes ; le sud est plus abrité.
Que signifie le terme « vague » ? La définition
Une vague est une ondulation de la surface de l'eau générée par le transfert d'énergie du vent vers l'océan. Lorsque le vent souffle sur une longue distance (appelée fetch), il crée des ondes qui se propagent bien au-delà de leur zone de formation. On distingue les vagues de vent (créées localement) des houles (swell en anglais), qui sont des vagues longues et régulières générées par des tempêtes lointaines et capables de voyager sur des milliers de kilomètres.