Né à Barcelone d’une famille marocaine, vivant à Toulouse, Ino Casablanca veut être une superstar.
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Musique

L’ascension d'Ino Casablanca

En 2025, son nom était sur toutes les lèvres. En un an, le rappeur et producteur Ino Casablanca s’est imposé dans la musique française avec une esthétique mêlant raï, zouk et sonorités latines.
Écrit par Donia Ismail
Temps de lecture estimé : 8 minutesPublished on
Imaginez la scène : d’abord, un gymnase vide. Un groupe y pénètre, de grosses enceintes sur les épaules. Des tables sont dressées, des verres de bissap – cette boisson à base d’hibiscus – sont siphonnés. Les haut-parleurs crachent des cuivres et des percussions qui font bouger automatiquement les corps. Ino pose sur les mélodies de manière simple. Et autour, une fête de quartier bat son plein. Voici le décor de Bissap du 20e, l’un des singles d’Ino Casablanca. Il aura fallu quelques jours pour que le morceau devienne un hit, et le rappeur avec.
« Mais Ino Casa, qui l’arrête ? » C’est la question que se pose le vingtenaire dans le morceau d’ouverture de son dernier projet, EXTASIA. Et c’est une bonne question. En l’espace d’un an, le rookie de 2025 – et sans « bouger le p’tit doigt », c’est ce qu’il dit dans DIMA RAVE – a foutu une claque à la scène musicale française. Deux EP entêtants, Tamara (janvier 2025) et EXTASIA (octobre 2025), auront suffi pour mettre d’accord un demi-million d’utilisateurs sur Spotify. Sa recette est peaufinée à l’excès : un son percussif qui fait la part belle aux instruments classiques, des mélodies aux accents caribéens et nord-africains, et des textes drôles et décalés. Le tout forme un univers qui incarne parfaitement l’année passée.
C’est que le natif de Barcelone s’ancre dans un mouvement global de modernisation et d’hybridation de samples traditionnels, où aucune frontière ne s’applique à la musique. Comme Rosalía ou Bad Bunny, qu’il cite volontiers en inspiration. « Il n’y a pas de démarche délibérée de ma part. Ce sont des rythmiques, une esthétique que j’aime », confie-t-il d’emblée lors de notre interview. « Je suis le fruit de mon époque, alors forcément ce que je raconte, les techniques de production que j’utilise viennent naturellement bousculer les codes. »
Ino Casablanca veut vous faire danser. Et ce n’est pas près de s’arrêter : l’année 2026 s’annonce encore plus grandiose. Marsatac, Solidays, Golden Coast… Le Toulousain fait figure de tête d’affiche aux quatre coins du pays. Pour un gars qui aime la scène, c’est tout trouvé. « Il y a un plaisir immédiat, là où, au studio, tu te prends la tête sur une multitude d’éléments, concède-t-il. En concert, tu t’amuses et c’est tout. »
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Je suis le fruit de mon époque. Ce que je raconte et les techniques de production que j’utilise viennent naturellement bousculer les codes.
Ino Casablanca

La claque du rap français

La musique chez Ino, c’est inné. « Dans une famille, il y a toujours un petit qui tape du pied et danse dès qu’il entend de la musique. C’était moi », raconte-t-il. « C’est un truc instinctif, quasi animal. » Dans sa famille d’origine marocaine, les lecteurs CD diffusent de la musique arabe – la diva libanaise Faïrouz et l’Égyptien Abdel Halim Hafez en tête – mais aussi des mélodies reggae de Bob Marley et du flamenco de son pays natal, l’Espagne. Ses parents comprennent la fibre artistique qui l’habite et l’inscrivent au violon. À ses 12 ans, la petite famille déménage dans le sud de la France, la crise économique espagnole oblige. Un nouveau genre musical s’ajoute à ce medley explosif : le rap français. « Je me prends une claque, se souvient-il. En 2015, comment passer à côté ? Je me suis pris dans la tête toute une scène de malade : les Booba, PNL, etc. J’ai kiffé direct. »
Il prend la musique au sérieux et continue d’aiguiser son art au fil des années. « Ça a toujours été ma priorité. J’ai fait le reste par survie. » Le « reste », c’est l’école. « J’ai toujours détesté ça. Mais tu le fais parce que c’est obligatoire, parce que tu n’as pas envie d’être fauché, d’être encore plus à la marge. » Avant d’ajouter : « Rien que d’être immigré, de devoir apprendre une langue… Si j’avais lâché avant, j’aurais été un cas social au sens strict du terme. »
Alors, pendant un moment, Ino s’y est tenu par « manque de courage », par « peur de décevoir les parents ». Jusqu’au jour où cette « vie normale » ne lui convient plus. Il envoie tout balader pour se consacrer à sa vraie passion, malgré les réticences de sa mère. « Ma patience a trop été testée. Un jour je me suis réveillé et je me suis dit : plus jamais. Tout est parti de là. » Il sort un premier EP timide, Demna, à des années-lumière de son millésime 2025. Le projet reste dans les clous de ce qu’on attend de la scène rap française, alors qu’il cherche à se forger une identité. « Je l’ai sorti car je me trouvais trop d’excuses pour ne pas avancer. Je me suis forcé. » Il ne s’arrête pas là.

Rien à intellectualiser

On le comprend avec Ino : tout n’est que réflexion. Commence une période d’introspection pour « se trouver pleinement ». « J’ai travaillé sur moi pour être le plus entier possible dans mon rap. J’ai grandi en compétences, mais surtout en courage. » Le déclic arrive avec un son : Fuck Larr. Percussions marquées, sample de Nour El Ein, d’Amr Diab… Les bases du style Ino sont posées. « J’ai senti que je tenais enfin un truc. Il fallait que je me prouve que j’étais capable de continuer sur cette lancée », reconnaît-il.
À l’aube de la sortie de son projet EXTASIA, en octobre 2025, Ino Casablanca dévoile une vidéo introductive sur Instagram. On y voit l’artiste accompagné d’un ami qui l’interroge sur ce nouveau projet. Il lui répond : « Y’a rien à intellectualiser. […] Tu danses et ferme ta gueule. » C’est qu’Ino craint « qu’on ne parle que de ses influences » et que l’on « s’attarde uniquement sur les connotations ». « J’avais peur que ma musique soit désignée comme pseudo-intellectuelle, qu’on m’impose une grille de lecture que je n’ai pas. Mon intention, c’est juste de kiffer. Je viens sans aucune prétention, sans aucun calcul. »
Ino rejette les catégorisations hâtives. Il est lucide. Avec ce genre de proposition musicale, on peut vite être étiqueté « musique de niche ». Lui exclut complètement cette appellation. De toute façon, il a d’autres ambitions : « être une superstar ». « On marginalise ces musiques jusqu’à ce que le public s’en empare, maintient-il. Il n’y a pas de son mainstream prédéfini. Pour moi, aucune musique n’est destinée à vivre dans les marges. Ce sont les gens qui choisissent. »
Ino Casablanca vit pour la joie, l’extase et le désir de faire danser les gens, encore et encore.

Ino Casablanca vit pour l’extase et faire danser les gens

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Pointu et drôle

Ce qui fait la force d’Ino Casablanca, c’est son style d’écriture, sa voix posée qui effleure presque les mélodies. « Ce n’est pas une volonté artistique, c’est juste que je suis timide. J’ai encore du mal à pousser ma voix. » Ino rap comme il pense. Il suffit juste de prêter attention à ses paroles. Elles sont, finalement, un flux de pensées continu. Ce qui est dans sa tête finit par rouler sur sa langue. De manière simple. Sans artifice.
Mais avec beaucoup de réflexion. « J’essaye d’enlever le maximum de filtres que je peux avoir pour raconter tout ce qui me traverse par la tête. » Sa touche est marquée par un humour prononcé, en décalage presque avec la tonalité de la chanson. Et ça, « il aime bien » : « C’est à l’image de ce que je suis. Je peux être très sérieux, parler de choses graves avec mes potes, et je glisserai toujours une blague. Et si c’est drôle, tant mieux. » Il est là pour prouver qu’on peut faire les deux : « Être un artiste drôle et pointu. »
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« Je me trouvais trop d’excuses pour ne pas avancer. Je me suis forcé. »
Ino Casablanca
« Les gens te cantonnent à des codes. Si t’es drôle, tu fais forcément du Lorenzo. Et si t’es sérieux, du Adele. J’ai envie de prouver que ce sont des conneries. » Entre des déclarations d’amour et des diatribes contre les traîtres qui l’entourent, il y ajoute une critique sociale. Ses « cauchemars sur Macron » (CLUBMASTER), les « gosses qui ne mangent pas la nuit » (PARAMOUR), les « bleus » sur qui « on ne peut pas compter » (KITLÉ)… Les références sont multiples. « Il n’y a pas de réflexion poussée derrière. Je ne me dis pas : “Et si je me politisais aujourd’hui ?”, ironise-t-il. Ce sont des choses que je pense. Et je mets tout ce que je pense dans ma musique. »
Après avoir gâté son public en 2025, à quand l’album ? L’intéressé nous ménage. « J’attends le bon moment, quand je me sentirai prêt. Je tiens énormément à ce format. Je ne veux pas faire un album éclaté. » Alors, d’ici là, Ino Casablanca écumera la France avec sa première tournée. Il n’est pas prêt de s’arrêter en si bon chemin. De toute manière, dans Paraplui, il l’annonçait : « Fuck la musique de niche, je veux être une superstar. » C’est bien parti !
Prochains concerts : le 18 mars à Istres , le 24 mai à Saint- Brieuc , le 12 juin à Marseille. IG : @inocasablanca