Marie-José Pérec : aller au bout
The Red Bulletin : Marie-José Pérec, pourquoi courir vous fait du bien ?
Tout simplement, je pense que le sport, c’est la santé. On retrouve du plaisir, on est moins stressé. On vit mieux, on respire mieux. Courir, c’est tout simplement être bien dans son corps, c’est bien vivre. C’est la vie, c’est la liberté.
D’où vient, chez vous, cette envie de courir, qui a commencé au collège et vous a emmenée jusqu’aux Jeux olympiques ?
Ce fut d’abord le plaisir de courir, de bouger, de se déplacer. Et puis très vite, si on va vers la compétition, on a envie de se lancer des défis. On a envie de se mesurer, de voir jusqu’où on peut aller. Quelles sont nos limites ?
Au fil de votre carrière, cette envie de performance s’est doublée d’une mission plus grande…
Je me suis rendue compte que je pouvais être la voix de ceux qui n’en ont pas. Je me servais de ça pour parler. On peut parler sans utiliser sa bouche. En bougeant, en agissant, on peut raconter une histoire par la course.
Ce qui me plaît avec le Wings for Life World Run, c’est qu’on ne court pas pour rien : on court pour l’autre.
Qui vouliez-vous « emmener » avec vous sur les pistes d’athlétisme ?
Je dirais que ça démarre avec le fait de montrer ma population. Les Antillais. J’entendais toujours : « les Antillais sont comme ci, comme ça, ils sont fainéants, ils n’ont pas de projet. » J’avais envie de prouver le contraire, de montrer aux jeunes : quel que soit le rêve qu’on a, on peut le réaliser, même en venant d’une toute petite île de 300 000 âmes. Et c’est devenu bien plus grand que moi. Je me suis rendue compte que je touchais vraiment beaucoup de monde. Les gens souvent me disaient merci ou bravo. Et moi, je préfère le merci !
Quand on parle de Wings for Life, qui nous réunit aujourd’hui, on parle aussi de celles et ceux dont le rêve est simplement de remarcher. Êtes-vous confrontée à cette réalité du handicap ?
J’ai des proches qui sont dans un fauteuil, et par le biais du sport, je connais pratiquement presque tous les athlètes handisport, parce qu’une bonne partie d’entre eux viennent sur un événement qu’on organise, Les Étoiles du Sport. On discute avec eux et on se rend compte à quel point la vie est compliquée. On se rend aussi compte de la force qu’ils ont, le mental, l’engagement de tous les jours dans la vie quotidienne, difficile.
Et il y a tous ces anonymes, aussi en situation de handicap…
Souvent, on parle des sportifs de haut niveau. Mais on n’imagine pas ce qu’endure une personne normale. Le sportif de haut niveau, il est mis dans la lumière, il a beaucoup d’aide, même si ce n’est pas encore ce qu’il faut. Et puis on imagine Monsieur Tout-le-Monde et on se dit : mais comment font les gens au quotidien ? Quand on est confronté à cela, on a forcément envie de faire quelque chose.
Qu’est-ce qui vous a convaincu de devenir ambassadrice du Wings for Life World Run, la course caritative pour la recherche sur les lésions de la moelle épinière, qui aura lieu le 10 mai prochain ?
J’ai envie de m’engager dans ce que j’aime. Ce qui me plaît avec le Wings for Life World Run, c’est qu’on ne court pas pour rien : on court pour l’autre. En même temps, on fait aussi du bien à soi-même, puisque le sport, pour moi, c’est un médicament. Mais le fait de courir pour la recherche, pour faire du bien à l’autre, ça me parle.
Qu’est-ce qui différencie cette course de toutes les autres ?
Aujourd’hui, il y a beaucoup de courses un peu partout. Le fait de savoir que, dans le cadre de cette course-là, l’intégralité des donations et de l’argent est reversée à la recherche, c’est important. Et j’aime beaucoup l’histoire de Wings for Life : ça part d’une histoire d’amitié. Les gens se donnent la main. Et le sport, c’est ça : on se donne la main, on avance ensemble. On n’est pas seul, on n’avance pas tout seul. C’est ce qui m’anime et finalement, c’est ça ma vie.
Le sport et la recherche, c’est être persévérant. La persévérance, c’est la chose la plus importante.
La recherche sur les lésions de la moelle épinière, c’est comme un adversaire à battre, comme une finale olympique ?
C’est une belle image. C’est ça, pour moi : se donner la main, avancer, ne pas perdre espoir, se dire qu’on ne lâche rien. Oui, on avance ensemble. Et il y a en effet un parallèle entre science et haut niveau. Le sport et la recherche, c’est être persévérant. La persévérance, c’est la chose la plus importante. Lorsqu’on a un pourquoi, lorsqu’on ne perd pas le sens de ce que l’on fait, forcément on avance. On sait pourquoi on se lève, pourquoi on cherche, on comprend ce qu’on fait.
Le jour d’une course, quand la fatigue ou la flemme menacent, quelle est votre méthode ?
Ma technique, c’était de me dire : un pas après l’autre. Et en courant, lorsque ça devenait très dur, je me disais : « Inspire du positif et expire du négatif. » Quand ça faisait mal, le fait de se dire ça, ça faisait du bien. Ça va être ça, ma petite astuce.
Quel sera votre objectif le 10 mai ?
(Elle sourit, à nouveau) Je dirais : allez, on y va ! Chacun à son allure. Pour moi, aller au bout de l’effort, c’est ça le plus important. On n’est pas là pour faire une performance. Il s’agit de récupérer des fonds et de savoir qu’au fond de soi, ce qui compte, c’est d’aller au bout et d’apporter un peu d’espoir.