L’une des athlètes les plus populaires de France s’associe aujourd’hui à la mission de la fondation Wings for Life.
© Tony Gontier/Red Bull Content Pool
Running

Marie-José Pérec : aller au bout

Née en 2004 après l’accident du pilote Hannes Kinigadner, la fondation Wings for Life finance la recherche via la course caritative World Run. En 2026, Marie-José Pérec est l’ambassadrice française.
Écrit par Pierre-Henri Camy
Temps de lecture estimé : 8 minutesUpdated on

The Red Bulletin : Marie-José Pérec, pourquoi courir vous fait du bien ?

Marie-José Pérec: Tout simplement, je pense que le sport, c’est la santé. On retrouve du plaisir, on est moins stressé. On vit mieux, on respire mieux. Courir, c’est tout simplement être bien dans son corps, c’est bien vivre. C’est la vie, c’est la liberté.

D’où vient, chez vous, cette envie de courir, qui a commencé au collège et vous a emmenée jusqu’aux Jeux olympiques ?

Ce fut d’abord le plaisir de courir, de bouger, de se déplacer. Et puis très vite, si on va vers la compétition, on a envie de se lancer des défis. On a envie de se mesurer, de voir jusqu’où on peut aller. Quelles sont nos limites ?

Au fil de votre carrière, cette envie de performance s’est doublée d’une mission plus grande…

Je me suis rendue compte que je pouvais être la voix de ceux qui n’en ont pas. Je me servais de ça pour parler. On peut parler sans utiliser sa bouche. En bougeant, en agissant, on peut raconter une histoire par la course.

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Ce qui me plaît avec le Wings for Life World Run, c’est qu’on ne court pas pour rien : on court pour l’autre.
Marie-José Pérec

Qui vouliez-vous « emmener » avec vous sur les pistes d’athlétisme ?

Je dirais que ça démarre avec le fait de montrer ma population. Les Antillais. J’entendais toujours : « les Antillais sont comme ci, comme ça, ils sont fainéants, ils n’ont pas de projet. » J’avais envie de prouver le contraire, de montrer aux jeunes : quel que soit le rêve qu’on a, on peut le réaliser, même en venant d’une toute petite île de 300 000 âmes. Et c’est devenu bien plus grand que moi. Je me suis rendue compte que je touchais vraiment beaucoup de monde. Les gens souvent me disaient merci ou bravo. Et moi, je préfère le merci !

Quand on parle de Wings for Life, qui nous réunit aujourd’hui, on parle aussi de celles et ceux dont le rêve est simplement de remarcher. Êtes-vous confrontée à cette réalité du handicap ?

J’ai des proches qui sont dans un fauteuil, et par le biais du sport, je connais pratiquement presque tous les athlètes handisport, parce qu’une bonne partie d’entre eux viennent sur un événement qu’on organise, Les Étoiles du Sport. On discute avec eux et on se rend compte à quel point la vie est compliquée. On se rend aussi compte de la force qu’ils ont, le mental, l’engagement de tous les jours dans la vie quotidienne, difficile.

Et il y a tous ces anonymes, aussi en situation de handicap…

Souvent, on parle des sportifs de haut niveau. Mais on n’imagine pas ce qu’endure une personne normale. Le sportif de haut niveau, il est mis dans la lumière, il a beaucoup d’aide, même si ce n’est pas encore ce qu’il faut. Et puis on imagine Monsieur Tout-le-Monde et on se dit : mais comment font les gens au quotidien ? Quand on est confronté à cela, on a forcément envie de faire quelque chose.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de devenir ambassadrice du Wings for Life World Run, la course caritative pour la recherche sur les lésions de la moelle épinière, qui aura lieu le 10 mai prochain ?

J’ai envie de m’engager dans ce que j’aime. Ce qui me plaît avec le Wings for Life World Run, c’est qu’on ne court pas pour rien : on court pour l’autre. En même temps, on fait aussi du bien à soi-même, puisque le sport, pour moi, c’est un médicament. Mais le fait de courir pour la recherche, pour faire du bien à l’autre, ça me parle.

Qu’est-ce qui différencie cette course de toutes les autres ?

Aujourd’hui, il y a beaucoup de courses un peu partout. Le fait de savoir que, dans le cadre de cette course-là, l’intégralité des donations et de l’argent est reversée à la recherche, c’est important. Et j’aime beaucoup l’histoire de Wings for Life : ça part d’une histoire d’amitié. Les gens se donnent la main. Et le sport, c’est ça : on se donne la main, on avance ensemble. On n’est pas seul, on n’avance pas tout seul. C’est ce qui m’anime et finalement, c’est ça ma vie.

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Le sport et la recherche, c’est être persévérant. La persévérance, c’est la chose la plus importante.
Marie-José Pérec

La recherche sur les lésions de la moelle épinière, c’est comme un adversaire à battre, comme une finale olympique ?

C’est une belle image. C’est ça, pour moi : se donner la main, avancer, ne pas perdre espoir, se dire qu’on ne lâche rien. Oui, on avance ensemble. Et il y a en effet un parallèle entre science et haut niveau. Le sport et la recherche, c’est être persévérant. La persévérance, c’est la chose la plus importante. Lorsqu’on a un pourquoi, lorsqu’on ne perd pas le sens de ce que l’on fait, forcément on avance. On sait pourquoi on se lève, pourquoi on cherche, on comprend ce qu’on fait.

Le jour d’une course, quand la fatigue ou la flemme menacent, quelle est votre méthode ?

Ma technique, c’était de me dire : un pas après l’autre. Et en courant, lorsque ça devenait très dur, je me disais : « Inspire du positif et expire du négatif. » Quand ça faisait mal, le fait de se dire ça, ça faisait du bien. Ça va être ça, ma petite astuce.

Quel sera votre objectif le 10 mai ?

(Elle sourit, à nouveau) Je dirais : allez, on y va ! Chacun à son allure. Pour moi, aller au bout de l’effort, c’est ça le plus important. On n’est pas là pour faire une performance. Il s’agit de récupérer des fonds et de savoir qu’au fond de soi, ce qui compte, c’est d’aller au bout et d’apporter un peu d’espoir.

L’icône Marie-José Pérec

Déjà en or sur 400 m, elle s’imposera en finale le lendemain.

Atlanta, 31 août 1996 : quarts de ­finale du 200 m

© Getty Images

Née en 1968 à Basse-Terre, Marie-Josée Pérec grandit dans un milieu modeste en Guadeloupe, où le collège révèle ses qualités de sprinteuse. Arrivée à l’INSEP dans les années 1980, elle se spécialise sur 200 m et surtout 400 m. Finaliste du 200 m à Séoul en 1988, elle devient championne du monde du 400 m en 1991 puis 1995. Aux JO de Barcelone 1992, elle décroche l’or sur 400 m, avant le doublé historique, anthologique, 200 m et 400 m à Atlanta en 1996 qui fait d’elle une légende. Marquée par l’épisode des Jeux de Sydney en 2000, elle s’engage ensuite pour un accompagnement plus humain du haut niveau, la santé mentale et la reconversion des athlètes. Figure majeure de l’athlétisme français, très liée à la Guadeloupe, Marie-José Pérec soutient le développement local du sport et incarne aujourd’hui une référence symbolique autour de Paris 2024.

À nous de jouer, tous ensemble !

Go ! Le Wings for Life World Run 2025 s’est élancé le 4 mai. Comme ici à Saint-Denis, parc de la Légion d’Honneur.

Le Wings for Life World Run 2025 à Saint-Denis

© Julien Bru pour Wings for Life World Run

La fondation Wings for Life naît en 2004 d’un accident tragique. Lors d’une course caritative de motocross, le jeune pilote autrichien Hannes Kinigadner chute et se retrouve paralysé, en fauteuil roulant. Son père, Heinz, champion de motocross et proche de Dietrich Mateschitz, fondateur de Red Bull, l’appelle pour qu’il rende visite à son fils à l’hôpital.
Confrontés à la brutalité de la lésion de la moelle épinière – qui peut toucher n’importe qui, bien au delà des sports extrêmes, notamment lors d’accidents de la route – les deux hommes décident de créer une fondation dédiée à la recherche sur la moelle épinière. Wings for Life est ainsi fondée avec un objectif clair : financer les meilleurs projets scientifiques pour trouver des traitements.
Afin de collecter des fonds et sensibiliser le grand public, la fondation lance en 2014 le Wings for Life World Run, une course unique au monde. Chaque année, début mai, à 13 heures françaises, des centaines de milliers de personnes prennent le départ simultanément dans plus de 170 pays, en événement physique ou via une application mobile. Il n’y a pas de ligne d’arrivée fixe : une « catcher car » réelle ou virtuelle se met en mouvement après le départ et rattrape progressivement chaque participant. La course s’arrête pour vous au moment où la voiture vous dépasse.
Ainsi, chacun peut participer à son niveau – marcheur, coureur occasionnel ou athlète de haut niveau – en sachant qu’il sera tôt ou tard rattrapé. L’intégralité du prix du dossard est reversée à la recherche, ce qui a déjà permis de financer plusieurs centaines de projets et de collecter des dizaines de millions d’euros.
En 2026, le Wings for Life World Run en France aura une ambassadrice d’exception : Marie-Josée Pérec. Triple championne olympique, figure emblématique de l’athlétisme français, elle mettra sa notoriété et son histoire d’athlète au service de la cause, pour encourager le plus grand nombre à courir – ou marcher – afin de soutenir la recherche sur les lésions de la moelle épinière.