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Regardez le teaser du Red Bull Dual Shapes
Découvrez le teaser de Red Bull Dual Shapes, compétition de snowboard inédite créée par Pierre Vaultier dans laquelle s’affronteront 48 participants amateurs le 27 janvier à Serre-Chevalier.
Comment est-ce qu’on fait pour garder une vitesse constante sur un pumptrack ?
Sur un pumptrack, avec une planche à plat et très peu de prise de carres, ce sont les mouvements de terrain, même à plat, qui nous permettent de créer de la vitesse, de la conserver et même de l’augmenter. En termes de ressenti, c’est un petit peu comme si on avait une succession de trous et de marches, et qu’à chaque trou on voulait sauter sur la marche et qu’on avait ensuite une planche à roulette pour descendre. On n’utilise que les descentes pour avoir de la vitesse, parce que tu sautes par-dessus les montées, sensoriellement ça donne ça.
Physiquement, c’est simplement une variation de charge grâce à un lissage du centre de gravité. Sur une courbe sinusoïdale, il faut lisser le centre de gravité pour aller le plus vite possible. On le fait avec les jambes et le haut du corps, ça nous permet d’annuler les montées pour ne favoriser que les descentes. On minimise la charge en montée pour l’accentuer dans les descentes. C’est comme ça qu’on se retrouve avec un bilan cinétique positif, même sur du plat.
C’est très très physique, non ?
C’est hyper physique, parce qu’au lieu d’avoir une descente avec une gravité qui nous aide à avoir de la vitesse, on doit faire de grosses impulsions dans les trous pour se projeter en haut des montées et éviter de s’écraser. C’est générer de l’énergie cinétique via l’impulsion des jambes. C’est d’autant plus dur qu’avec la neige il y a une grosse force de frottement. En skate ça fonctionne pareil sauf qu’il y a des virages, nous on ne roule pas, on a toute une semelle sur la neige donc c’est mieux si on va tout droit.
Est-ce que c’est ce que tu préfères aujourd’hui dans le snowboard ?
Générer de la vitesse comme ça sur des aspérités et des mouvements liés au terrain, ça a toujours été mon point fort pendant ma carrière. Chercher et exploiter chaque petite ressource d’une piste, ça a été ma vie. Je suis allé vers le snowboard cross parce que c’est ce qui me correspondait le mieux et que j’adore aller au combat contre les autres, mais j’aurais pu me tourner vers le vélo, le skate, le BMX… Il y a plein de manières d’utiliser cette même règle de la physique. Je m’en suis toujours servi pour pomper dans les rollers (les montées relativement douces) plus que les autres, faire varier ma charge… En plus, je suis plutôt grand et longiligne donc j’avais une capacité de variation de mon centre de gravité assez importante. Après, est-ce que c’est ce que je préfère ? C’est compliqué. J’aime faire ça parce que c’est assez novateur et que les parcours sont esthétiques, mais j’aime tout autant faire du carving, du freeride ou du park. Je pense que c’est plus l’association des deux (jouer avec la vitesse et l’esthétisme), et le fait d’en faire quelque chose de nouveau qui me fait kiffer.
C’est vrai qu’en 2018 à Pyeongchang, sur chaque départ, après la première montée tu es presque à chaque fois en tête. C’est grâce à cette capacité de lecture et d’adaptation ?
Justement, en 2018 sur ce parcours, c’était vraiment impalpable pour le grand public ou même certains experts, mais quand on passait la gate (le départ), il y avait une sorte de pipe (une courbe en forme de tuyau). Et si on travaillait trop fort dedans en générant trop de vitesse dans la courbe, c’était exactement comme Shapes : juste après il y avait un micro pipe et on perdait de la vitesse. C’est ultra fin, mais ça a été mon cheval de bataille sur tous les jeux, j’étais focus là-dessus et c’est grâce à ça que 3 départs sur 4 je suis en tête. Ce genre de détails, c’est l’histoire de ma vie. C’est pas facile à expliquer parce que c’est pas très visible… mais c’est ça. Et puis on s’en fout un peu (rires), l’important c’est d’être le premier en bas.
Pour rester sur 2018, en demi-finale vous avez été plusieurs à chuter. Comment tu as fait pour reprendre de la vitesse et finir la course ?
Ça a été un coup du sort monstrueux. On est tous tombés, je ne savais même plus qui était en quelle position. Y a eu une espèce de pogo géant avec un nuage de neige… Dans ces moments-là, t’es complètement perdu. Il y a une règle qui est vraiment impénétrable en snowboard cross : il faut rejoindre la ligne d’arrivée le plus vite possible. Peu importe s’il y a chute, si tu es dernier ou autre, il faut faire sa course à bloc jusqu’en bas donc même après une chute, il faut se relever tout de suite et rejoindre la ligne d’arrivée. C’est ce que j’ai fait, j’ai été obligé de déchausser un pied, parce qu’on était dans un trou à la fin d’un virage et, sans vitesse, impossible de remonter. J’ai déchaussé, sans réfléchir à ma position, j’ai poussé en one-foot, j’ai rechaussé à moitié en ridant avec le strap à peine rechaussé mais voilà, j’arrive en bas et il y avait les deux Australiens. Le premier du run qui a fait tomber tout le monde clairement, et le dernier qui a réussi à éviter le pogo géant. Donc je suis arrivé troisième, premier tombé premier relevé, je n’ai pas réfléchi et j’y suis allé.
Les juges ont d’ailleurs vérifié si on avait le droit de déchausser un pied pendant un run, mais sans ça, de toute façon je ne m’en sortais pas. Sur les trois autres qui étaient tombés, il y en a deux qui se sont fait mal, dont un salement, et un qui est arrivé beaucoup plus tard. Ça a été une demi-finale complètement chaotique.
Comment est-ce qu’on se prépare pour ce type de descente ? Est-ce qu’on travaille une ligne en essayant de s’y tenir pour maximiser la vitesse le plus possible ou on s’adapte aux concurrents ?
C’est un mix des deux. Il y a des lignes qui sont avérées plus rapides et que tout le monde prend. Sur un run solo, on est en général sur des lignes qui ont un delta de variation extrêmement faible. Moi je suis capable de passer à 5 centimètres près à chaque fois partout pareil, parce que la ligne la plus rapide elle est établie. En général, elle sort assez vite sur les premiers entraînements. Quand on est à plusieurs, évidemment on ne peut pas faire comme on veut. Sauf si tu es premier devant tout le long, et même si tu l’es, des fois tu es obligé de changer de ligne parce que tu sais que tout le monde est à l’aspi (prend l’aspiration) derrière et que si tu y restes ils vont te gratter. Il faut être fin stratège et se décaler de la ligne pour ne pas leur couper le vent. C’est des prises de décisions qui se font au dixième de seconde, et la plupart du temps, c’est quand même plus du feeling que de la réelle stratégie. Malgré tout, parfois il y a des tactiques à prendre et à respecter.
Par exemple, il y a des courses que j’ai gagnées où je laissais partir les gars avec 0,5 secondes d’avance, justement pour favoriser l’aspiration et pour être chasseur plus que chassé. Sur certains parcours ça a du sens, et au niveau stratégie c’est quelque chose de monstrueux, c’est une énorme prise de risque parce que justement on travaille nos départs toute la saison. C’est un peu contre-intuitif initialement mais ça m’a fait gagner deux courses et faire plusieurs podiums.
Pour en revenir à la ligne, les entraînements nous en apprennent beaucoup, l’observation des autres est aussi très importante, notamment sur des runs comme ça, à plusieurs. On voit des situations qui peuvent se reproduire, on peut les analyser et comprendre ce que le parcours peut nous donner.
C’est d’autant plus périlleux que ça semble assez compliqué de dépasser les autres riders, non ?
C’est vraiment énorme comme risque, et ce n’est pas à toute épreuve. On ne peut pas le faire sur tous les parcours. Moi je l’ai fait sur des parcours qui étaient allongés, avec des transitions un peu longues entre les éléments. Si tu as des rollers partout, des virages relevés et des gros kicks (sauts) ultra condensés, tu ne peux pas faire ça parce que t’arrives pas à te poser derrière quelqu’un pour le reprendre et le dépasser. Pour ça, il faut des parcours qui s’y prêtent. Heureusement, il y a peu de courses comme ça. Par exemple, les X-Games, c’était toujours comme ça. Et je n’ai jamais gagné parce qu’à chaque fois je me suis dit : « Est-ce que je le fais ? Est-ce que je le fais pas » et je n’ai jamais voulu le faire parce que c’était une course peut-être trop importante pour prendre ce risque, mais en coupe du monde ça a été ultra payant. Mais oui la prise de risque est monstrueuse, à tel point que c’est une décision difficile à prendre.
Concernant les dépassements, il y a deux choses différentes. Il y a le dépassement spontané, issu d’une prise de décision ponctuelle. Au milieu du parcours, tu as quelqu’un qui se présente devant toi, tu vas plus vite que lui, tu te dis : « Bah merde, faut que je le dépasse ». T’as pas le temps de penser, tu fais comme ça vient et c’est souvent à ce moment-là qu'il y a des chutes. Et puis il y a le dépassement stratégique qui est vraiment structurel, où tu sais que tu pars derrière, tu sais où sont les points où tu peux dépasser, où tu vas gagner de la vitesse sur les autres et l’endroit N+1 où tu vas pouvoir dépasser. Après c’est toute une stratégie qui se met en place. On joue avec les qualités et les défauts des opposants, mais cérébralement, c’est lourd. Faire des stratégies, c’est le meilleur moyen pour qu’elles ne se réalisent pas, il y a tellement d’imprévus qu’il y a toutes les chances pour que ça se passe différemment.
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