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Caliste : l'étoile montante
À 20 ans, Caliste Henry-Hennebert s’impose comme l’un des grands espoirs de l’esport français. Mécaniques affûtées et ambition XXL, le prodige de la Karmine Corp vise toujours plus haut.
Été 2026, Paris.
Pour la première fois de son histoire, l’Esports World Cup (EWC) pose ses valises en dehors de l’Arabie saoudite. Sept semaines durant, les meilleurs joueurs du monde s’affrontent sur les plus grandes scènes de l’esport international. Mais l’attention se focalise sur la deuxième semaine, consacrée au jeu mobilisant plus de 128 millions de pratiquants mensuels en 2025 : League of Legends. La pression monte et tous les regards se portent sur une équipe : la Karmine Corp. Leur ambition est claire : tourner la page d’un MSI (Mid-Season Invitational) décevant quelques semaines auparavant et prouver qu’ils ont encore leur mot à dire à domicile. Mais le défi est de taille.
En demi-finale, la Karmine Corp retrouve T1, le géant coréen emmené par Faker, véritable légende de League of Legends et considéré par beaucoup comme le GOAT de l’esport. Un adversaire redoutable, face auquel la Karmine Corp n’a encore jamais connu la victoire. C’est le visage fermé et le regard concentré que les cinq joueurs de la KC montent sur scène, portés par les clameurs d’un public acquis à leur cause. Pour décrocher leur place en finale, une seule règle : remporter deux manches sur trois. T1 frappe en premier. La KC encaisse, mais ne vacille pas. Portée par un jeu plus agressif et une exécution plus propre, l’équipe française élève son niveau dans la deuxième manche et recolle au score. Une manche partout. Tout reste à jouer. Pour la troisième et dernière manche, la Karmine Corp est rapidement mise sous pression par T1. Pendant les vingt premières minutes, les Coréens imposent leur rythme et semblent contrôler la partie. Mais le club français s’accroche. Puis le match bascule. À la moindre ouverture laissée par T1, la Karmine Corp réagit, saisit chaque occasion et renverse la dynamique. Jusqu’au dernier teamfight qui sera décisif. Au terme d’une partie à couper le souffle, l’équipe française s’impose sur le fil et signe une victoire qui restera à jamais gravée dans l’histoire du club, malgré leur défaite en finale face à une autre formation coréenne, Dplus KIA.
Je me mettais sur le lit au-dessus de l’ordinateur de mon frère et je passais mes soirées à le regarder jouer.
Nous retrouvons le lendemain Caliste Henry-Hennebert, joueur de la Karmine Corp depuis mai 2023, dans les locaux de son équipe. À seulement 20 ans, le Français évolue au poste d’AD Carry et s’est imposé comme le fer de lance de la botlane tricolore. La défaite de la veille a laissé des traces. Mais pas question de laisser le résultat dicter l’humeur. « On est forcément déçus, mais on a pu montrer qu’on était une bonne équipe. Il faut aujourd’hui apprendre de nos erreurs et garder cette confiance pour les compétitions à venir. »
Derrière le joueur habitué aux plus grandes scènes de l’esport européen se cache un palmarès qui, en dépit de son âge, ressemble déjà à celui d’un vétéran. Deux titres de LFL (championnat français de League of Legends), un sacre aux EMEA Masters et un suivant au split d’hiver de la LEC 2025, l’élite européenne de League of Legends, où il signera son premier pentakill (élimination des cinq champions adverses à la suite) sous les couleurs de la Karmine Corp. Il sera d’ailleurs couronné Rookie de l’année.
Comment Caliste en est-il arrivé là ? Où tout a-t-il commencé ? Pour le comprendre, il faut remonter le fil de son histoire, aux premières heures d’un parcours qui l’a conduit jusqu’au sommet.
Lit superposé
Avant les compétitions et les milliers de supporters, c’est à Paulhan, une petite commune de 4 000 habitants dans l’Hérault, que grandit Caliste. Dernier d’une fratrie de trois frères, c’est son frère aîné, Cyril, qui lui ouvre la porte des jeux vidéo. Celui-ci possède son propre ordinateur et passe ses soirées à explorer les jeux du moment tels que Dofus, Counter-Strike, Minecraft ou League of Legends. Caliste, du haut de ses 6 ans, observe son frère enchaîner les parties. « Il y avait un lit superposé avec son ordinateur en dessous. Je me mettais sur le lit au-dessus et je passais mes soirées à le regarder jouer. Il jouait très souvent à League of Legends. C’est comme ça que j’ai découvert le jeu. »
Deux ans plus tard, son père lui offre un petit ordinateur portable, loin des machines de guerre qui équipent aujourd’hui les joueurs professionnels. Caliste installe les jeux de son frère et commence à toucher à tout. Mais très vite, deux jeux vidéo retiennent son attention, League of Legends et Counter-Strike. La différence, il la ressent sans vraiment pouvoir l’expliquer. Sur League of Legends, les parties semblent ne jamais se ressembler avec les différents champions, les stratégies à adopter et les infinies possibilités de jeu. Une diversité qui va progressivement faire pencher la balance. « J’ai toujours eu cette question dans ma tête. Je me dis que j’aurais pu être joueur professionnel sur Counter-Strike. Mais je trouvais qu’il y avait plus de diversité de gameplay sur League of Legends. Au fond de moi, je sentais que j’allais être meilleur sur ce jeu. » Le choix est fait.
Mais à ce moment-là, pas question de parler de carrière. Pour Caliste, League of Legends reste un passe-temps, un jeu que l’on lance après les cours, sans pression et sans véritable plan de carrière. Pourtant, les rangs défilent passant de Bronze à Silver puis Gold, Platine, Diamant, “sans forcer” », explique-t-il. Il progresse sans chercher à optimiser chaque détail. Il change de poste, teste les champions, exploite le jeu dans toutes ses dimensions.
Et lorsqu’il ne joue pas, il regarde avec son frère les Worlds (sorte de championnats du monde de LoL) et la LEC. Les joueurs qu’il voit à l’écran deviennent peu à peu des références. Et une idée commence à naître : l’éventualité d’en faire un métier. « J’avais vraiment l’impression d’avoir un potentiel parce que je ne forçais pas du tout et j’étais déjà au meilleur rang. Des gens me disaient que j’étais talentueux et que je devrais essayer. Mon frère me disait aussi que j’étais fort pour mon âge. Cette graine a germé dans ma tête et je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire. »
Caliste commence à envisager sérieusement une carrière dans l’esport. Il n’est pourtant pas question de tout abandonner sur un coup de tête. L’école reste là, en parallèle. Mais plus il avance, plus la possibilité devient concrète. Au début du lycée, il prend une résolution simple et pragmatique pour se lancer dans l’aventure. « Je me suis dit que je pouvais essayer sur un ou deux ans et au pire, si ça ne marchait pas, j’arrêterais et je repartirais en cours. »
La première marche
En janvier 2022, Caliste intègre Omerix, une structure esport française de Limoges qui lui ouvre les portes de la compétition. Il découvre alors tout ce que le jeu en équipe implique, bien au-delà de la simple performance individuelle. « C’est là que j’ai appris le jeu d’équipe, comment fonctionne l’écosystème d’une équipe esport, avec les ligues, les joueurs et les coachs. Tout ce qu’il pouvait y avoir autour des entraînements. J’ai également appris à analyser mes parties. »
Au fil de son ascension, notamment lors de son passage en Division 2, l’apprentissage se fait plus exigeant. Il ne s’agit plus seulement de gagner, mais de comprendre pourquoi. Mieux communiquer avec ses coéquipiers, affiner chaque détail de son jeu et construire ses propres routines. Pendant près d’un an et demi, Caliste accumule de l’expérience et franchit les paliers. Ses performances commencent à attirer les regards et, peu à peu, les premières structures de premier plan s’intéressent à son profil. C’est le cas de Clément Lappara, directeur esport de la Karmine Corp. « Lorsqu’on a rencontré Caliste la première fois, ce qui m’a directement surpris, c’est sa maturité à seulement 16 ans ».
Après quelques discussions et divers tests, Caliste rejoint en mai 2023 la Karmine Corp, une équipe composée de Cabochard, Cinkrof, Saken, Targamas, des joueurs bien plus expérimentés, formant un roster taillé pour la LFL. Mais dans sa tête, le doute subsiste. « Je me suis dit qu’ils n’allaient prendre que des vétérans. Ils n’allaient pas chercher un petit de 15, 16 ans qui n’a pas encore trop montré. Pour moi, c’était quelque chose qui n’arrivait qu’aux autres », raconte-t-il le sourire aux lèvres. L’intégration au club dépasse alors les attentes du jeune arrivant. La Karmine Corp est au sommet de sa popularité et enchaîne les succès avec une victoire en LFL et un sacre aux EMEA Masters. Une première année qui aurait pu ouvrir immédiatement les portes de la LEC. L’équipe est alors pressentie pour monter ensemble. Caliste pense toucher du doigt la prochaine étape de son ascension.
Mais, le soir même de la victoire aux EMEA Masters, à Montpellier, une annonce vient tout bouleverser.
La limite d’âge pour évoluer en LEC est relevée. Problème : Caliste est trop jeune pour y participer. Le rêve d’une montée collective s’évanouit brutalement. « Dans notre tête, on était persuadés qu’on allait monter en LEC tous ensemble. Forcément, ça a mis un petit coup au moral et il a fallu que ça tombe sur moi. » Pendant près d’un mois, la déception sera difficile à digérer. Mais Caliste comprend rapidement qu’il ne peut pas changer les règles. Plutôt que de se focaliser sur ce qui vient de lui échapper, il décide de se concentrer sur ce qu’il peut encore construire. Une deuxième saison en LFL s’ouvre alors devant lui, avec une seule idée en tête : continuer à apprendre et préparer la suite. En attendant, il faudra rester patient.
Une intime ambition : devenir le meilleur
Un an après une première saison en LEC en demi-teinte, la Karmine Corp décide de revoir son roster en profondeur. Caliste figure parmi les jeunes talents sur lesquels l’organisation choisit de miser. Après des performances qui ont rapidement convaincu le staff, le jeune ADC (pour Attack Damage Carry, cet élément fait beaucoup de dégâts sur la durée, détruit les objectifs et devient très important en fin de partie) gagne la confiance de la structure et décroche une place au sein de l’équipe première engagée en LEC. Pour Caliste, l’heure est venue de confirmer son potentiel au plus haut niveau européen, et de montrer qu’il peut rivaliser avec les meilleurs ADC de la compétition. Et la réponse ne se fait pas attendre. Rapidement, la Karmine Corp s’installe parmi les prétendants aux premières places et se rapproche à plusieurs reprises du titre LEC.
Jusqu’à cette journée du 2 mars 2025, à Berlin, où Caliste et ses coéquipiers finissent par toucher au but en battant G2 en finale, décrochant ainsi le premier titre LEC de son histoire.
Une victoire construite bien au-delà du talent individuel. Elle est le fruit d’un collectif soudé, d’une équipe qui a appris à fonctionner comme un véritable groupe. « On a trouvé une vraie cohésion. Tout le monde est très humain, agréable et toujours prêt à rigoler. On est devenus bien plus que de simples coéquipiers : on est vraiment proches, presque comme des amis. »
Aujourd’hui, après plusieurs années passées sous les couleurs de la Karmine Corp, Caliste s’est imposé comme l’un des visages du club. « Saken (ex-joueur de la Karmine Corp de 2020 à 2024, ndlr) m’a en quelque sorte passé le flambeau. C’est une vraie responsabilité de reprendre ce rôle de figure française au sein du club. » Une confiance qui s’inscrit dans la durée, puisque le botlaner va prolonger son aventure avec la structure jusqu’en 2028. Un statut qui implique nécessairement une certaine responsabilité, dont Caliste a pleinement conscience : il n’entend pas pour autant laisser cette pression devenir un poids. « Forcément, il y a pas mal de gens qui se sont attachés à moi, qui me soutiennent et qui attendent des choses. Mais je ne pense pas à ça tous les jours.
Je reste concentré sur mon travail et j’essaie de donner le maximum pour moi-même, la Karmine Corp et les fans. »
Son ambition, elle, dépasse largement les statistiques et les trophées. Caliste veut devenir un joueur capable de porter son équipe dans tous les sens du terme. « J’espère pouvoir aller encore plus loin et, pourquoi pas, devenir capitaine de mon équipe dans quelques années. J’ai envie de gagner en maturité, de prendre davantage de responsabilités et d’être quelqu’un sur qui mes coéquipiers peuvent toujours compter. »
Caliste Henry-Hennebert a franchi les étapes à une vitesse vertigineuse. Mais le plus dur reste peut-être à écrire. À l’approche des LEC Summer qui se tiendront à Nice du 18 au 20 septembre, la Karmine Corp s’apprête à jouer une nouvelle fois son avenir européen, avec en jeu une dernière place qualificative pour les Worlds 2026, qui se dérouleront en octobre en Amérique du Nord. L’occasion, peut-être, pour Caliste et ses coéquipiers de poursuivre leur ascension jusqu’au sommet et de se retrouver sur le toit du monde.
Une force internationale
Ils œuvrent avec Caliste pour mener la Karmine Corp au sommet : le joueur nous présente ses partenaires internationaux dans la team.
- Kyeahoo — Midlaner, Corée du Sud, 21 ans
« C’est le fou du groupe. Il est très créatif, toujours de bonne humeur et apporte constamment une énergie positive à l’équipe. »
- Yike — Jungler, Suède-Pérou, 25 ans
« C’est un excellent teammate. J’ai l’impression qu’on partage la même vision du jeu et qu’on se comprend facilement. »
- Canna — Toplaner, Corée du Sud, 26 ans
« Très réservé au premier abord, Canna a besoin d’un peu de temps pour s’acclimater. Mais une fois à l’aise, il dévoile un tout autre visage, celui d’un coéquipier très taquin. »
- Busio — Support, USA-Pologne, 22 ans
« Il est extrêmement concentré sur son travail. C’est aussi quelqu’un qui apporte beaucoup de bonnes idées et de réflexion au sein du groupe. »
- Reapered — Head coach, Corée du Sud, 34 ans
« C’est l’expérience. Une personne calme, posée, qui sait trouver des solutions et apporter de la stabilité au groupe. Une véritable force tranquille. »
- Zeph — Coach assistant, France, 28 ans
« Il apporte énormément d’énergie positive à l’équipe. Il nous aide beaucoup au quotidien, notamment pendant les drafts, où son expérience et ses idées sont précieuses. »
IG : @caliste.h