Avant de pratiquer le surf dans de telles conditions, Kauli Vaast a appris à comprendre l’océan, pour y passer ses meilleurs instants.
© Tim McKenna
Surf

Kauli Vaast : bienvenu à Teahupo'o

Pouvoir surfer régulièrement la plus belle vague au monde. Parcourir la planète pour atteindre le plus haut niveau en surf. À 22 ans, le quotidien de Kauli Vaast est sans pareil.
Écrit par PH Camy
Temps de lecture estimé : 13 minutesPublished on
En Polynésie, aux racines du surf, où il a grandi, Kauli Vaast est un surfeur apprécié. Cet athlète en ascension dispose de trois titres de champion d’Europe Pro Junior (2017, 2019 et 2022) et s’est qualifié pour la plus grosse compétition sportive de ces quatre dernières années, dont l’épreuve de surf se tiendra « en face » de chez lui. Découvrez sa réalité sur la plus formidable vague au monde : Teahupo’o.

Un dimanche de février. Huit heures du matin à Paris. Vingt-trois heures, la veille, en Polynésie, à 15 000 km. Une journée commence, une autre s’achève, de bonne heure, pour Kauli Vaast, qui nous éclaire d’entrée et via WhatsApp sur sa routine...

Kauli Vaast: Je me lève assez tôt, je checke les vagues... S’il y en a, je vais surfer. Je reviens, je mange un peu, entre midi et 14 heures, ça dépend. Je fais un entraînement physique : courir, vélo, même juste du cardio à la maison ou de la natation. Après, j’aime bien faire une sieste, et retourner surfer ou m’entraîner le soir. Je dîne, je me couche tôt. En période d’entraînement, de préparation, c’est ça, ma routine.

Tu es accompagné par un coach physique ?

En fait, j’en ai deux. L’un est spécialisé dans la natation, le vélo, la course, et j’ai mon kiné qui est aussi entraîneur physique et qui connaît les exercices pour mon corps. On fait ça chez lui. Sinon, on va courir en montagne avec des objectifs précis.

Tu ne pratiques pas le jiu-jitsu comme beaucoup de surfeurs ?

Non, mais j’aime bien faire des sports alternatifs avec des potes, des trucs sur le haut du corps, pour travailler le cardio.

Le surfeur Kauli Vaast photographié à Teahupo’o par Tim McKenna, avant une session d’entraînement.

Le shaka des surfeurs : Kauli photographié à Teahupo’o par Tim McKenna

© Tim McKenna

Depuis combien de temps te considères-tu comme un surfeur pro ?

Depuis que j’ai 13 ans et mon premier sponsor. Mon premier bon contrat qui m’a permis de voyager à l’étranger pour l’école en parallèle, bien sûr, mais je partais à des périodes bien précises pour ces événements.

À quel moment as-tu basculé intégralement dans le surf ?

C’était il y a deux, trois ans. Avant cela, j’ai eu mon Bac et j’ai fait une année de STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives, ndlr). Et j’ai arrêté.

Vu d’ici, en métropole, on pourrait se dire qu’il y a beaucoup de surfeurs et de surfeuses pros en Polynésie, mais combien dédient vraiment leur vie au surf, en tant que pros ?

Nous ne sommes que quatre : Michel Bourez (l’icône locale du surf, 38 ans, ndlr), Vahine Fierro, qui a 24 ans, Mihimana Braye (surfeur de Tahiti âgé de 28 ans, ndlr) et moi-même. Il y a aussi beaucoup d’autres jeunes, mais qui ne peuvent pas être autant impliqués, aussi à fond dans la préparation et les compétitions.

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C’est difficile pour un Tahitien de partir, voyager, quitter le noyau.

Historiquement, ta famille surfait ?

Pas vraiment... Mon père surfe un peu, ils étaient plus windsurf avec ma mère. Mais ma petite sœur et mon petit frère surfent également.

Ton père nous a aidés pour caler cette interview avec toi... Tes parents sont-ils aussi un peu tes manageurs ?

Tous les deux sont profs à Tahiti, et sont à fond derrière moi pour m’aider sur des questions d’organisation et de structure, mais ils ont gardé leur rôle de parents. Ce ne sont pas des coachs ou autre.

Qu’enseignent-ils ?

Mon père est prof de français et d’histoire, et ma mère est instit’ dans les écoles primaires. Elle est instit’ spécialisée « maître E » pour les élèves en difficulté qui ont besoin de soutien en lecture, pour compter, en CP, CE2...

Est-ce que le surf est vraiment une réalité pour les gamins autour de chez toi ?

À Tahiti, tout le monde surfe, c’est vraiment ancré dans la culture. On est entourés d’océan et tout ce qu’on fait comme loisirs a un rapport avec l’eau. Depuis tout petit, tous mes potes ont déjà surfé, certains ont plus accroché que d’autres, et s’ils ne sont pas doués pour le surf,

Le simple fait de pouvoir se payer des billets d’avion pour rejoindre une compétition à l’étranger doit déjà être une contrainte...

Dans le surf, il n’y a pas autant d’argent que dans d’autres sports, c’est aussi une part de difficulté.

C’est quoi le spot classique d’un gamin qui commence ici ?

C’est directement devant chez lui, tout simplement. On a de la chance d’avoir les spots vraiment en face.

À quel moment es-tu passé du stade « en face » à progresser et à devenir plus consistant, à celui de capable de surfer les vagues, l’impressionnante et mythique vague de Teahupo’o ?

Quand tu commences à avoir le niveau de surfer cette vague... C’est un ressenti : tu es prêt, ou pas. C’est spontané, ça vient naturellement en fait. Tu te connais : « J’y vais ou j’y vais pas. » J’y suis allé la première fois quand j’avais 8 ans. Je ne le sentais pas du tout, mais j’étais venu pour regarder, c’était petit, c’était mignon, j’ai sauté à l’eau, et c’est parti. J’étais avec mon père, en famille... Depuis ce jour-là, Raimana van Bastolaer, qui m’a motivé dès le début, n’a plus cessé et il m’a dit de toujours y aller, de ne jamais avoir peur d’y aller, au moins d’être là-bas, pour s’informer, regarder. Et c’est comme ça que j’ai appris...

Raimana van Bastolaer, c’est qui ?

C’est la légende de Tahiti, du surf ! Il m’a toujours épaulé.

Plus tôt tu y vas, mieux c’est ?

Ouais ! Plus tôt tu y vas, plus tôt tu comprends le spot et tu apprends à le lire. Plus jeune tu y vas, plus tu acquières d’expérience.

Kauli Vaast s’exprime sur la rigueur qu’il s’est imposée pour atteindre le top, sur des vagues qui font mal.

Jouer les casse-cous, pas son genre

© Tim McKenna

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Je suis obligé de m’écouter pour ne pas me blesser ; je ne peux pas louper de qualifs, de compètes.

Comment as-tu grandi avec cette vague ? Est-ce qu’elle continue de te challenger ou est-ce que tu as la sensation d’en connaître toutes les facettes maintenant ?

C’est toujours flippant d’aller là-bas, de voir cette vague. Même si tu y surfes tout le temps, ça reste Teahupo’o... Il faut avoir un respect, ne pas jouer avec.

Tu parles de respecter cette vague comme si tu parlais d’une autorité locale, incarnée...

C’est une énergie que tu ressens, on appelle ça le Mana. Cette énergie est présente dans le spot, c’est ça qui fait la beauté et l’authenticité de cette vague, il n’y a nulle part ailleurs où tu ressens une telle énergie, autant de puissance. Le respect, c’est la valeur à avoir à Teahupo’o, c’est hyper important.

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Le respect, c’est la valeur à avoir à Teahupo’o, c’est hyper important.

On dit souvent de la montagne qui entoure cette vague que c’est la « Montagne aux crânes »...

La Montagne au mur de crânes... Ça a vraiment existé... Deux clans se sont battus, et pour délimiter leurs territoires, les vainqueurs ont construit un mur avec le crâne des perdants. Je ne sais pas où c’est exactement. Par contre, on voit bien la délimitation entre le village de Teahupo’o et les autres villages.

Toi, qui a visité nombre de vagues de par le monde, tu vois une différence flagrante avec Teahupo’o?

Elle est différente, avec le Mana, la puissance, l’énergie que tu ressens. Après il faut être un peu subtil, savoir la capter, même déjà comprendre la signification du mot. Ensuite il y a le décor, l’eau translucide, les couleurs, le sunrise dans le tube, le rayon de soleil, les bateaux à côté, tes proches hyper près de l’action avec la faille qu’il y a... La vague est parfaite, ça forme un tube incroyable. Le tube, c’est

Ça ne pardonne pas ?

Le risque à Teahupo’o, c’est de toucher le récif, le fond est tout proche...

Ça t’est arrivé ?

Plusieurs fois, mais rien de grave.

Est-ce que tu as vu à Teahupo’o des choses qui auraient pu te dissuader d’aller à l’eau ?

J’ai vu beaucoup de copains tomber, se blesser, taper la tête, casser des planches... Là, tu te dis qu’il ne faut pas jouer, avoir l’instinct. Ça se sent, tu y vas ou tu n’y vas pas, tu écoutes la mer... Je peux paraître un peu psychopathe avec ça, mais c’est comme ça que je le ressens.

Il t’arrive vraiment de ne pas y aller parce que tu ne le «sens pas»?

Oui, et je suis l’un des seuls à faire ça. Je peux aller à l’eau et si je ne le sens pas, je ne prends pas de vague.

Tu es vraiment l’un des rares à faire ça ?

Oui (sourire). Il y en a qui ont peur mais y vont quand même, tentent le tout pour le tout. Je ne peux pas me le permettre.

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Un vrai surfeur, c’est quelqu’un qui respecte l’océan et qui apprend à le connaître.

Pourquoi ?

Je fais de la compétition, je voyage presque tous les mois, voire toutes les semaines... Je suis obligé de m’écouter, pour ne pas me blesser, je ne peux pas louper de qualifs, de compètes.

Tu t’entraînes spécifiquement en natation et apnée pour assumer ce genre de risque ?

Bien sûr, le surf à Teahupo’o, comme le surf en compétition sur toutes les autres vagues du monde, nécessite un entraînement spécifique et de l’engagement. Il faut savoir rester longtemps sous l’eau pour être prêt et encaisser les chocs, être solide physiquement et mentalement. Oui, être bon en respiration, ça aide, c’est toujours un plus. Mon boulot, c’est d’être compétiteur, donc c’est ça que je travaille, plus que le surf de grosses vagues, même si j’adore surfer les grosses vagues à Teahupo’o. Je m’entraîne en essayant d’envelopper tout cela dans une même session, un entraînement complet pour tout.

« En face » : en Polynésie, les spots de surf sont littéralement devant la maison.

En Polynésie, les spots de surf sont littéralement devant la maison

© Domenic Mosqueira/Red Bull Content Pool

Tu as cité Michel Bourez tout à l’heure. Quel a été son rôle auprès de toi ?

Michel a toujours été un modèle, parce que j’ai suivi son parcours, j’ai grandi en faisant des compétitions avec lui. C’est un mentor qui m’a appris et continue de m’apprendre énormément de choses. Michel est une personne qui m’a beaucoup aidé et surtout beaucoup motivé. C’est aussi un bon copain.

On se souvient d’une photo de Michel dans un tube avec un chapeau de paille, et aussi d’une image de Kauli en train de pêcher, debout sur sa planche... Comment ça marche ce genre d’action ?

J’ai quelques techniques...

C’est quoi, la technique pour surfer et pêcher en même temps ?

Ah, ça, c’est secret ! (rires)

Il en est l’ambassadeur partout sur la planète en tant que surfeur pro.

Pour Kauli Vaast, l’unité de son peuple est une force

© Domenic Mosqueira/Red Bull Content Pool

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En Polynésie, chacun est un peu un membre de la même famille, c’est ça notre power.

Au-delà de cette anecdote, est-ce que c’est important pour toi d’être un athlète complet, qui nage, qui pêche, et qui savoure l’océan au-delà des tubes ? Est-ce que c’est ça être un surfeur authentique ?

Un vrai surfeur, c’est quelqu’un qui respecte l’océan et qui apprend à le connaître, c’est ça la base. Ça n’est pas juste d’aller à l’eau, de dire des gros mots... Je suis un peu superstitieux, c’est une forme de respect. Le surf c’est beaucoup de lecture de vagues, de lecture de l’océan, beaucoup de temps passé dans l’eau, à observer l’océan, le connaître. Pour revenir à la pêche, on sait exactement à quel moment il y aura tel poisson à tel endroit, plus de poissons à d’autres endroits... C’est beaucoup de skills comme ça, qu’il faut avoir, en passant beaucoup de temps dans l’eau.

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Attention, il ne faut pas jouer avec Teahupo’o !

Cet été, ta vague va être LE SPOT sur lequel le monde entier va avoir le regard tourné, avec quantité de surfeurs qui vont venir s’y frotter pour la première fois... Quel conseil pourrais-tu leur transmettre ?

Ça aussi, c’est secret skills, je ne dis rien du tout, comme ça ils verront ! (rires)

Toi seul possèdes les clefs ?

Les clefs, non, mais j’ai mon truc, j’ai ma routine, à eux de découvrir la leur... (rires) Je rigole. Ils le savent, ils ressentent la même chose quand ils arrivent, la seule chose à dire c’est : « Attention, il ne faut pas jouer avec Teahupo’o ! Toujours avoir du respect. »

Et prêt à prendre une vague dont il ne se lassera jamais. La plus belle au monde.

Kauli à son top, à l’eau, protégé par une montagne mystique

© Domenic Mosqueira/Red Bull Content Pool

Comment faire pour que ce spot perdure, reste le plus intact, possible afin que dans des décennies encore, il y ait de nouveaux Kauli qui puissent en profiter...

On a la chance d’avoir une vague incroyable, la meilleure des vagues au monde, et l’un des plus beaux endroits, la baie, le village, la passe, le récif, l’eau, les poissons... C’est vraiment quelque chose qu’il faut préserver, toucher au minimum. Ce qui va se passer cet été, à la maison, c’est incroyable, mais pour plus tard, il va vraiment falloir insister sur la préservation de notre paradis, et je ne parle pas que de Teahupo’o, je parle de la Polynésie en général. C’est un endroit unique, il ne faut rien changer. Cela concerne aussi la population.

Qui sont les Polynésiens et les Polynésiennes ?

Un peuple qui est tout simplement incroyable et accueillant. Chacun est un peu un membre de la même famille, c’est ça notre power, et je le dis d’autant plus parce que j’ai eu l’opportunité de voyager.

Qu’est-ce que les gens devraient plus ou mieux connaître de chez toi ?

Je vais t’envoyer un exemple de là où j’étais tout à l’heure, une bringue. Tu verras l’accueil et le bonheur dans les yeux de tout le monde... (Kauli nous envoie par WhatsApp une vidéo de la réunion de famille et copains où il se trouvait juste avant l’interview, on y voit tout le monde chanter un titre des 4 Non Blondes, What’s Up?, ndlr) Ici, il y a plein de choses à découvrir. Les gens ont juste à venir et ils découvriront la beauté locale, la population, les paysages, la vie en général.

Le surfeur pro Kauli Vaast s'envole lors d'une session de surf à Teahupo'o.

Kauli Vaast surfe à Teahupo'o

© Domenic Mosqueira/Red Bull Content Pool

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On a la chance d’avoir une vague incroyable, la meilleure au monde.

Tu voyages en tant que personnalité polynésienne, tu fais des plateaux télé, des interviews pour des magazines de mode, et tu es même devenu ambassadeur de la maison Dior... Comment vis-tu toute cette effervescence ?

Je n’en avais pas trop l’habitude, mais j’ai appris à être plus à l’aise. Ça fait partie du job, c’est le travail, mais c’est toujours fun de pouvoir vivre ces expériences, d’aller sur des plateaux télé. C’est top, que de bonnes expériences.

De manière plus terre à terre, tu as participé au Red Bull Local Hero Tour, monté avec l’un de tes partenaires, Air Tahiti Nui, pour lequel tu es venu en Bretagne, dans le Finistère, l’an dernier, y rencontrer de jeunes surfeurs passionnés...

On a pu voir leur motivation et c’était trop bien ! Les trois gagnants vont venir me rejoindre à Tahiti en mai prochain, je vais leur faire découvrir ce qu’on vit ici et le monde pro. S’ils veulent persévérer dans le surf, il n’y a rien de mieux.

Si je viens à Tahiti demain, que dois-je faire d’entrée pour bien débuter l’expérience de la Polynésie ?

Déjà, tu vas au magasin, et tu achètes des « Tias plastique », ce sont des sandales... Comment vous appelez ça là-bas [en métropole] ? Des méduses ! Tu prends ça et tu vas direct dans un resto ou une roulotte, tu commandes du poisson cru-lait de coco-riz. Là, c’est le trip de malade qui commence !

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